jeudi 10 mars 2011

El Asnam : La mort en direct de héros.

C’était en 1961. Notre domicile (baraque), situé à l’emplacement actuel de la direction des Moudjahidine, servait de refuge à l’A.L.N.

Ils venaient à l’aube, en tenue et armés, par groupe de 3 ou 4 pour passer 1 ou 2 jours, soit pour se reposer, soit pour une mission.

Ils repartaient à l’aube, sans oublier le baiser sur la tête de ma mère.

Elle les traitait comme ses enfants. Elle disait : « Ils me ramènent l’odeur de mes filles ».

Ce jour là, c’était le tour de SI-Mhamed, Si-Allal et Si-Tayeb. Ils sont partis de chez nous pour un autre refuge au centre ville.

En début de matinée, nous avons entendu des échanges de coups de feu, de grenades et des armes lourdes.

Cela empirait. Je suis sortie pour voir ce qui se passait, lorsque mon petit voisin qui venait en courant, me dit qu’il y avait un accrochage entre Moudjahidine et l’armée Française chez la famille untel. Mon sang n’a fait qu’un tour !

Quand je l’ai appris à ma sœur et ma mère, celle-ci s’est tenu la tête en gémissant : « Mon Dieu, ce sont eux ! » (Ya Rabi houma !). Nous avons vite enfilé les voiles (même moi) et nous nous sommes rendues sur les lieux du carnage.

Il y avait plein de monde qui assistait à cette horrible scène ; certains avec une curiosité malsaine. Toutes les trois nous étions pétrifiées. Nous n’osions pas pleurer par crainte d’être considérées comme compatissantes.

Le bruit des armes était assourdissant. La porte du garage était pulvérisée et les murs écroulés lâchaient une forte poussière. La fumée envahissait la rue.

Les pétarades fusaient des 2 côtés car nos frères ripostaient en criant : « Allahou Akbar, Tahiya El Djazaïr ». Cela a duré une éternité. La voix de Si-Mhamed nous parvenait très nettement, puis plus rien…

Ils avaient épuisé leurs munitions. Les soldait hurlaient : « Sortez ! Rendez-vous ! Sales fellagas ! Et nous vîmes une immense silhouette blanche de fumée et de poussière sortir de cette fournaise, les bras levés tel un épouvantail. C’était Si-Tayeb.

Les soldats se sont rués sur lui, l’ont ficelé comme un mouton, l’ont malmené et jeté dans un véhicule militaire. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, s’il est toujours en vie.

Si-Mhamed souhaitait mourir en martyr. Allah yerham echouhada.

De retour à la maison, nous sommes allées au salon où il y avait encore les mégots de leurs cigarettes dans le cendrier et nous avons donné libre cours à notre chagrin. Nous avons pleuré, pleuré, pleuré….

Madame Farida Bedj, épouse Ziouche.


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