Désinformations sur le
prophète (sws)
Le mariage du Prophète (sws) avec Zaynab (raa)
Collectif Sahab Ed-Dine
Au Nom de Dieu, Clément et
Miséricordieux
« …Et
que la paix soit sur quiconque suit le droit chemin ! »
Saint-Coran, Sourate 20
Verset 47
SOMMAIRE
-
1. Introduction
Certaines
personnes remettent en cause la prophétie de Muhammad (sws) en soulignant qu’il
a usé de son autorité et de son prestige pour se marier avec sa “belle-fille”,
c’est-à-dire la femme de son « fils adoptif » Zayd (raa). Ils
prétendent que le Prophète (sws) aurait commis un inceste. Outre, l’absurdité
devant de tels propos, laissons l’ « honneur » à nos amis
islamophobes du site « Islamajesus » nous raconter l’histoire telle
qu’elle est sortie de leur imaginaire satanique :
Zaynab bint Djahch était mecquoise d'adoption.
Le mariage du Prophète avec Zaynab bint Djahch est un véritable
roman passionnel.
Deux mois après l'affaire du collier de Âicha, en 625, un jour
Mohammed était à la recherche de son affranchi Zayd ben Hâritha, l'ancien
esclave d'origine chrétienne que lui avait donné Khadîdja. Il venait de le
prendre comme secrétaire et lui avait demandé d'apprendre l'araméen pour
pouvoir se dispenser d'utiliser des secrétaires juifs. Il l'avait marié à l'une
de ses cousines Zaynab bint Djahch, une femme très pieuse, veuve selon
certains, en tout cas très belle, malgré ses 35 ans. Son ménage ne marchait pas
très bien, semble-t-il.
Mohammed, à la recherche de Zayd, alla frapper à sa porte. Il
n'était pas à la maison, mais Zaynab l'accueillit en petite tenue et l'invita à
entrer. Il refusa, mais le vent souleva le rideau pendant qu'elle s'habillait à
la hâte. Mohammed s'enfuit troublé, en marmonnant quelques paroles: « Louange à Dieu le Très-Grand ! Louange à Dieu
qui change les coeurs !» .
Peu après, Zayd rentra chez lui et sa femme l'informa de tout. Il
se rendit chez le Prophète et lui dit « Envoyé de Dieu, il m'est revenu que tu
es allé chez moi.
Pourquoi n'es-tu pas entré ? N'es-tu pas mon père et ma mère,
Envoyé de Dieu ? Peut-être Zaynab t'a-t-elle plu ? Dans ce cas, je me séparerai
d'elle» . Mohammed lui répondit: « Garde
ta femme à toi !» .
Zayd néanmoins interrompit ses rapports avec elle, et même se
sépara d'elle.
Mais Mohammed refusait toujours de l'épouser parce qu'elle était
la femme de son fils adoptif. Il craignait le scandale. L'adoption, pour les
Arabes, entraînait les mêmes effets que la filiation naturelle. Epouser Zaynab
était donc épouser sa belle-fille, et donc constituait un inceste.
La révélation du Coran sourate 33:36-40 permit à Mohammed
d'épouser Zaynab.
Zaynab mourut en 642.
2. Réponse aux
élucubrations de nos contradicteurs
Bien
qu’ils ne se soient pas donnés la peine d’apporter leurs sources nous allons le
faire pour eux. La version de l’histoire qui affirme que le prophète (sws) est
tombé amoureux de Zaynab (raa) et qu’il l’a malencontreusement vu en petite
tenue - alors qu’il venait voir Zayd (raa) - est basée sur les sources
suivantes :
Au
retour de cette expédition, au commencement de la cinquième année de l’Hégire,
le Prophète (sws) épousa la fille de Dja’hsch, Zaïnab, voici en quelles
circonstances:
Zaïd,
fils de Hâritha, qui avait été adopté par le Prophète (sws), était appelé par
les hommes Zaïd, fils de Mohammad. Quand il eut atteint l’âge mûr, le Prophète
l’avait marié avec Zaïnab, qui était la plus belle femme de son temps. Il y
avait cinq ans qu’elle était avec Zaïd. Or, un jour le Prophète (sws), étant
allé trouver Zaïd dans sa maison, mit la main sur la porte et l’ouvrit. Voyant
au milieu de l’appartement Zaynab assise, la tête nue, il lui demanda, en
détournant son visage, où était Zaïd; elle répondit qu’il était sorti. Il avait
souvent vu Zaïnab, mais toujours la tête voilée; il ne l’avait jamais vu
nu-tête. Elle fit une grande impression sur lui, et, ne voulant pas la voir une
seconde fois, il ferma les yeux et dit : « Loué soit Dieu, le grand, loué
soit Dieu, qui dispose des coeurs et des yeux! » Puis il s’en alla.
Lorsque
Zaïd rentra à la maison, Zaïnab lui dit que le Prophète était venu.
-
Pourquoi ne lui as-tu pas dit d’entrer ? demanda Zaïd
-
Il est rentré, dit Zaïnab, j’étais nu-tête, et il a prononcé telles et telles
paroles.
Zayd
dit : Il est probable que tu as fait impression sur lui, dans ce cas, je ne
puis plus demeurer avec toi. Il alla trouver le Prophète et lui dit qu’il voulait
répudier sa femme Zaïnab.
-
Pourquoi? demanda le Prophète (sws), quel défaut lui as-tu trouvé ?
-
Aucun, répondit Zaïd, mais je ne peux plus demeurer avec elle.
Le
Prophète (sws) dit : Va, garde ta femme, traite-la bien et crains Dieu, qui dit
: « Garde ta femme et crains Dieu » etc (Sur. XXXIII, verset 37). Le
Prophète était content du divorce de Zaïnab, mais il ne voulait pas paraître,
pour ne pas blesser Zaïd et afin que cela ne fût pas connu.
Source : Chroniques de Tabarî, histoire
des Envoyés de Dieu et des rois, d’après la version persane de Abou ‘Alî
Mo’hammad Bel’amî, traduit par Zotenberg et corrigé par Mohamad Hamadé,
éditions al-Bustane, Paris 2002, p.582-583
Cette
histoire est également rapporté par :
[1]
at-Tabarï dans son « Tafsir » (22/13) selon 2 chaînes de transmission
[2]
Ibn Sa’d dans son « kitab at-Tabaqat » (8/101)
[3]
al-Qourtoubî dans son « Tafsir » (14/190)
[4]
Ahmad dans son « Mousnad » (150-3/149)
[5]
Ibn Ishâq dans sa « Sîra » du Prophète (sws)
Voilà
pour les sources de cette histoire « fantastique ». Maintenant,
analysons sérieusement ces récits.
2.1. Critique des chaînes de transmission
La
chaîne de transmission rapportée par l’Imâm at-Tabarî, bien qu’elle ne figure
pas dans la version persane mais uniquement d’après la version arabe, est la
suivante :
[Ibn
Sa’d a dit] Muhammad ben ‘Umar nous a informé disant : Abd Allah ben Âmir
Al-Aslamî selon Muhammad ben Yahya ben Hibbân
Il
y a 3 problèmes avec cette chaîne de transmission :
Premier point : La chaîne de transmission est détachée [« moursalla »
c’est-à-dire qu’il manque dans la chaîne de transmission le contemporain du
Prophète] car Muhammad ben Yahya ben Hibban est un tabi’i [Suivant :
c’est-à-dire la génération qui suit celle des compagnons] qui rapporte selon
les compagnons et également selon les tabi’ines (Suivants) tout comme ‘Umar ben
Soulaym, al-A’raj et d’autres. Il est mort en 121 de l’hégire était âgé de 74
ans. Ici, il n’a absolument pas rapporté l’histoire sans interruption et il n’a
pas désigné la personne de qui il l’a rapporté [cf. at-Tahzîb (508-9/507)].
Deuxième point : Abd Allâh ben ‘Âmir al-Aslamî est faible pour la
majorité. Al-Boukârî a dit de lui qu’il “zâhib al hadith” et Abou Hâtim dit de
lui qu’il est réprouvé dans le hadith [cf.
Mîzân al-I’tidâl (2/448) et at-Tahzîb (5/275)].
Troisième point : Muhammad ben ‘Umar n’est autre qu’al-Waqîdî, et il
est réprouvé dans le hadith [cf. Mîzân al-I’tidâl (3-664)]. Selon Yahya ibn
Ma’în, al-Waqîdî aurait rapporté plus de 20 000 hadiths faux !
B. La première chaîne de
transmission du récit d’al-Tabarî dans son Tafsîr
Voici
la chaîne de transmission:
Younouss
nous a rapporté disant : Ibn Wahb nous a informé en disant : Ibn Zayd a dit :
Cette chaîne de transmission comporte deux problèmes :
Premier point : elle est défaillante (« mou’dala » : hadith
dont le rapporteur omet plus de deux rapporteurs dans la chaine de
transmission). En effet, Ibn Zayd est en réalité Abd ar-Rahmâne ben Zayd ben
Aslam et il n’est ni un compagnon, ni un Tabi’i (suivant). Il manque donc dans
la chaîne de transmetteurs au moins 2 rapporteurs.
Deuxième point : ‘Abd ar-Rahmân ben Zayd ben Aslam est déclaré faible
par le consensus des savants du hadith. Mains certains d’entre eux ont déclaré
qu’il était réprouvé dans le hadith. Al-Boukhârî et Abou Hâtim disent : ‘Alî
ben al-Madïnî l’a vraiment très affaibli dans le hadith.
Abou
Hâtim ajoute : il était faible dans le hadith
Et
il nous est parvenu d’ach-Chafi’î que ce dernier aurait dit : on rapporte qu’on
a demandé à ‘Abd ar-Rahmân ben Zayd ben
Aslam : ton père a rapporté selon ton grand-père que le Prophète (sws) a dit : « l’arche
de Noé a fait la circambulation autour de la Maison [Ka’ba] et qu’elle a prié derrière la
station [d’Abraham (as)] et y a fait deux prosternations » [est-ce vrai] ?
Il a répondu : Oui.
Et
c’est pour cette raison que quand un homme mentionne à Mâlik un hadith coupé,
il lui répondait : « Va voir ‘Abd ar-Rahmân ben Zayd pour qu’il te raconte
selon son père l’histoire de Noé ! »
Et
les paroles de savants sur sa faiblesse sont nombreuses. Cependant, c’était un
homme vertueux en lui-même mais il était occupé par l’adoration et l’ascétisme
par rapport à l’apprentissage du hadith et, c’est comme cela, qu’il est devenu
très faible [dans le hadith] (voir
at-Tahzîb (6/178).
C. La deuxième chaîne de
transmission du récit d’al-Tabarî dans son Tafsîr
Voici
la chaîne de transmission:
Bishr
nous a rapporté disant : Yazîd nous a rapporté disant : Sa’îd nous a rapporté
selon Qatâdah
Qatâdah
ben Da’âma as-Sadoûssî fait parti des imâms ayant retenu le Coran. Il est connu
pour ses exégèses. En ce qui concerne ses exégèses du Coran, il faut le
regarder en détails, cependant, en ce qui concerne les rapports, les savants
ont noté qu’il en rapportait beaucoup qui étaient viciés. Ils se sont donc mis
d’accord sur le fait d’accepter son hadith à la condition qu’il l’entende par
lui-même, et ceci s’il mentionne la chaîne de transmission. Ce qu’il rapporte
sans en mentionner le compagnon de qui il l’a entendu, comme c’est le cas pour
cette histoire, est alors extrêmement faible (rappelons que Qatâdah est un
tabi’i).
Ash-Sha’bi
a dit : « c’est un “Hatîb Layl” [littéralement cela veut dire qu’il
ramasse du bois le soir et qu’il peut tout aussi bien ramasser du bois qu’un
serpent qui le mordra. Dans la science du hadith cette expression est utilisée
pour désigner quelqu’un qui ne distingue ni le bon ni le mauvais hadîth]”
Abou
‘Amrou ben al-’Alâ’i a dit : “en ce qui concerne Qatâdah et ‘Amrou ben Shou’ayb
il n’y a rien qui les interpelle, car ils rapportent de tout le monde (sans
vérifier l’authenticité des propos) » (cf.
at-Tahzîb 356-8/351).
D. La chaîne de transmission
du récit d’Ahmad
Voici
la chaîne de transmission :
Mou’mal
ben Ismâ’îl nous a rapporté disant : Himâd ben Zayd nous a rapporté qui a dit :
Thâbit nous a rapporté d’après Anas.
Mou’mal
ben Ismâ’îl est considéré comme bon par quelques imâms, mais la majorité
d’entre eux ont noté qu’il faisait beaucoup d’erreurs et qu’il rapportait les
hadiths réprouvés (manâkîr).
Ya’coub
ben Soufyane rapporte « qu’il est apparu aux gens de science qu’il fallait
s’écarter de ses hadiths car il rapportait les hadiths réprouvés (manâkîr)
selon ses imâms de confiance et cela est plus grave. Si ces rapports réprouvés
avaient été rapportés selon des personnes faibles dans le hadith, nous lui
aurions trouvé des excuses. »
Muhammad
ben Nasr al Maroûzî rapporte que al-Mou’mal avait une très mauvaise mémoire et
qu’il faisait beaucoup de confusion (voir
at-Tahzîb 10/381).
E. La chaîne de transmission
du récit d’al-Qourtoubî (14/190)
La
chaîne de transmission n’est composée que de Muqâtil. Il n’y a pas de
rapporteur jusqu’à Muqâtil, et en admettant même que la partie manquante soit
authentique, cela n’est en aucun cas une preuve car Muqâtil ben Soulaymane est
connu par l’ensemble des imâms comme étant un menteur et ils ont dit de lui
qu’il inventait les hadiths (voir
at-Tahzîb 285-10/279).
F. La chaîne de transmission du
récit d’Ibn Ishâq
Aucune
chaîne de transmission ! Le récit est refusé dans son entièreté selon tous les
critères de la Science
du Hadith.
Source :
http://www.ebnmaryam.com/Zaynab.htm
Enfin,
si cette histoire était authentique, elle aurait été rapportée par le Cheikh
Muqbil dans son ouvrage “Les hadiths authentiques relatifs aux circonstances de
la révélation du Saint Coran” qui fait l’authentification du livre d’al-Wahidî
: « Asbâb an-Nuzul » et des rapports qui y sont fait. Bien entendu ce
n’est pas le cas, donc elle n’est pas authentique.
2.2. Critique de l’histoire en elle-même
Il
y a beaucoup d’incohérences avec le récit imaginaire rapporté par at-Tabarî et
les autres. Par exemple, ce dernier mentionne le fait que le Prophète (sws)
n’avait jamais vu le visage de Zaynab avant de tomber sur elle, par hasard, en
allant chez Zayd, parce que celle-ci portait d’ordinaire le voile... Or, ceci
est faux puisque l’Imâm al-Boukhârî rapporte dans son Sahih au hadith numéro
7421 le récit suivant :
Isâ
Ibn Tahmân rapporte qu’il a entendu Anas ibn Mâlik - Dieu l’agrée - dire que le
verset relatif au voile avait été révélé à propos du mariage de Zaynab bint
Jahsh. Le prophète (sws) donna ce jour-là un repas où il y avait du pain et de
la viande. Zaynab s’enorgueillissait sur les femmes du Prophète (sws) en disant
: « C’est Dieu qui m’a mariée du ciel ! »
Le
voile n’a été imposé qu’à la suite du mariage du prophète (sws) avec Zaynab,
donc, cela signifie qu’elle ne le portait pas avant cela. Cette incohérence en
introduit d’autres :
1
- Comment le prophète (sws) serait-il tombé soudainement amoureux de Zaynab
(raa), sa cousine, sous prétexte qu’il la trouva belle à ses yeux, alors qu’il
la connaissait depuis toujours ?
2
- Le prophète (sws) avait déjà vu le visage de Zaynab plusieurs fois car le
verset du voile ne fut pas encore descendu, pourquoi ne l’a-t-il pas demandé en
mariage à ces moments-là ?
3
- Zaynab voulait se marier avec le prophète (sws), pourquoi n’a-t-il pas
accepté cette proposition au lieu de la marier avec Zayd ?
Il
demeure des contradictions entre ses différentes versions rapportées, comme par
exemple, dans un récit nous avons Zayd qui n’est pas chez lui et qui rentre
après, et dans une autre, Zayd est malade chez lui et c’est pour cela que le Prophète
(sws) vint lui rendre visite. En bref, la vérité est que ce mariage n’a pas
tenu en raison de la différence de classe sociale qui existait entre Zaynab et
Zayd et ce n’est qu’après le divorce que le Prophète (sws) se proposa d’épouser
Zaynab. Le Coran statue sur ce cas par une révélation que nous verrons par la
suite.
2.3. Petite conclusion
Nous
avons vu, d’une part, que toutes les chaînes de transmission de ce récit sont
faibles et d’autre part, que le contenu même contredit des hadiths authentiques.
Donc, cette histoire est simplement inventée sur le compte du prophète (sws).
Voyons voir de quelle manière des spécialistes de la Sîra dénigrent cette histoire
:
« Les
historiens aux viles intentions soutiennent à propos de cet évènement des
opinions qui ne peuvent émanées que de personnes dénuées de bon sens. Aussi,
leurs affirmations et interprétations étant irrecevables (scripturairement et
rationnellement), nous éviterons de les rapporter ici, par égards à la sainteté
du Messager de Dieu (sws). »
Source : Muhammad Redha, Muhammad le
Messager de Dieu (sws), éditions Al-Maktaba al-’Asriyya, Beyrouth, 2009, p.610
« ...Certains pieux savants ont rapporté
à ce sujet des récits étranges et d’autres sujets à réflexion que nous avons
préféré ignorer ».
Source : Ibn Kathîr, As-Sîra : la
biographie du Prophète Mohammed (sws) - Les débuts de l’Islam, éditions
Universel, 2007, p.662
« ...Les ennemis de l'islam continuèrent
à propager des rumeurs et à emmètrent de fausses accusations. L’une des plus
stupides est celle qui suggère que le Prophète (sws) était amoureux de Zaynab
(raa) et tentait de dissimuler son amour. Ceux qui soutiennent ce point de vue
indéfendable avancent aussi que le verset coranique cité ci-dessus (33,37)
critique le Prophète (sws) pour avoir dissimuler ses sentiments envers Zaynab
(raa). Ces affirmations sont pour le moins contradictoires. Qui aurait pu
empêcher le Prophète (sws) d’épouser Zaynab (raa), qui était sa cousine et une
pieuse musulmane ? C’était lui qui lui avait demandé d’épouser Zayd (raa),
alors qu’elle ne le souhaitait pas. Il avait tenté à maintes reprises de
l’apaiser afin qu’elle soit satisfaite de ce mariage ».
Source : Adil Salahi, Muhammad sceau des
Prophètes : nouvelle biographie authentique du Prophète de l’Islam, édition
Tawhid 2007, p.354-355
3. Le mariage de
Zaynab (raa) : l’histoire à l’endroit
Adil Salahi fait le rapport suivant dans
sa Sîra :
« Quand
Muhammad (sws) avait seulement 25 ans, c’est-à-dire une quinzaine d’années
avant le début de sa mission, il avait épousé Khadîja bint Khuwaylid. Celle-ci
lui avait offert un jeune esclave nommé Zayd ibn Hâritha pour le servir. Déjà à
cette époque, Muhammad détestait l’esclavage. Il ne souhaitait pas posséder un
esclave. Il affranchit Zayd et le garda à son service en tant qu’homme libre.
Ayant compris quel homme Muhammad était et combien son caractère était noble,
Zayd s’y attacha profondément qu’il voulut rester près de lui.
Zayd
appartenait à l’origine à une tribu arabe et avait été fait prisonnier lors
d’un raid d’une autre tribu contre la sienne. Puis il avait été vendu à La Mecque et s’était retrouvé
en la possession de Khadîja, comme nous l’avons relaté précédemment. Le père et
l’oncle de Zayd voulurent racheter sa liberté, mais Muhammad leur dit que Zayd
était libre de partir avec eux s’il le souhaitait. “Si, au contraire, il décide
de rester avec moi, je ne m’en séparerai pas pour tout ce que vous pouvez
offrir.” Zayd décida sans hésiter de rester auprès de Muhammad, disant à son
père et à son oncle incrédules que, connaissant Muhammad depuis plusieurs
années, il ne voudrait pour rien au monde le quitter. En conséquence, Muhammad
annonça devant tous les Mecquois sa décision d’adopter Zayd en tant que fils.
Tous
ces événements eurent lieu bien avant l’Islam. Quand le Prophète (sws). reçut
les premières révélations, Zayd fut le premier homme à embrasser l’islam. Il
connaissait trop bien Muhammad pour avoir le moindre doute quant à la véracité
de son message. Il devint l’un des meilleurs partisans et soldats de l’islam.
Le Prophète lui confia le commandement de plusieurs expéditions. Zayd était
doute l’homme que le Prophète aimait le plus, à part peut-être Usâma, le fils
de Zayd.
Quand
le Prophète se fut établi à Médine, il voulut marier Zayd à l’une de ses
parentes, Zaynab bint Jahsh, dont la mère était la tante paternelle du Prophète
Umayma bint ‘Abd al-Muttalib. Elle-même ne souhaitait pas ce mariage, et son
frère encore moins. Après tout, Zaynab appartenait à la même famille que le
Prophète, la plus noble famille de toute l’Arabie. Qu’était Zayd comparé à une
telle lignée ? N’était-il pas un simple esclave qui avait bénéficié de la bonté
du Prophète ? Certes, on l’appelait Zayd ibn Muhammad, mais cette appellation
ne changeait rien aux faits.
Cependant,
Zaynab, bonne musulmane, ne pouvait pas refuser un souhait exprimé par le
Prophète (sws). Le but du Prophète en mariant sa propre cousine à un ancien
esclave était d’abolir pour toujours toute forme de distinction de classe.
Zaynab et son frère consentirent à contrecoeur au mariage pour obéir au
Prophète. Ils comprenaient qu’ils n’avaient pas le droit de refuser, d’autant
plus que Dieu avait révélé dans le Coran qu’un ordre du Prophète était
irrévocable, même s’il concernait la vie privée d’un croyant. “Il ne convient
pas à un croyant, ni à une croyante de suivre leur propre choix dans une
affaire, une fois que Dieu et Son Prophète en ont décidé autrement. Quiconque
désobéit à Dieu et à Son Prophète s’égare de toute évidence. » (33/36).
Le
mariage de Zayd et Zaynab ne fut pas heureux. Elle ne l’aimait pas et ne
parvenait pas à surmonter ses sentiments de classe. Elle lui faisait
constamment sentir qu’elle lui était socialement supérieure.
Zayd,
qui n’avait jamais accepté d’être un esclave et n’en avait pas la mentalité, ne
pouvait tolérer l’attitude de Zaynab. Il s’en plaignit au Prophète (sws) à
plusieurs reprises. Le Prophète était toujours prêt à l’aider. Il conseilla à
Zaynab de surmonter sa fierté et d’accepter la décision de Dieu au sujet de son
mariage. Malgré cela, des tensions persistaient dans le ménage de Zayd.
Dieu
ordonna alors au Prophète de laisser Zayd divorcer, puisqu’il en exprimait
fréquemment le désir sans pour autant le faire par égard pour les
recommandations du Prophète. Le Prophète reçut aussi l’ordre d’épouser Zaynab
quand le divorce serait effectif.
Le
Prophète (sws) fut profondément perturbé lorsqu’il reçut ces instructions. Il
appréhendait les conséquences d’un tel mariage. Il garda l’affaire pour lui et
n’en parla à personne. Il se rendait compte que s’il épousait Zaynab, les gens
commenceraient à parler et à l’accuser d’épouser sa belle-fille. Le but de Dieu
était cependant de mettre un terme à ces affirmations erronées. Personne ne
peut affirmer être le père d’un autre enfant. Le système de l’adoption avec
toutes ses conséquences devait êtres aboli pour toujours.
Cette
fois, cepandant, le Prophète ne s’empressa pas de se conformer aux instructions
de Dieu. Peut-être espérait-il que Dieu lui épargnerait ce devoir difficile que
lui causait tant d’inquiétude. Il alla plus loin. Quand Zaynab vint à nouveau
se plaindre de sa femme et exprimer le désir de divorcer, le Prophète lui dit :
“Garde ta femme et crains Dieu.”
Le
Prophète (sws) reçut alors des révélations coraniques le blâmant pour son
attitude et l’incitant à permettre à Zayd de divorcer de Zaynab. Il reçut à
nouveau l’ordre d’épouser Zaynab quand le divorce serait effectif. Le fait que
des gens puissent dire que Muhammad épousait sa belle-fille n’était pas une
raison pouvant retenir le Prophète de se conformer aux instructions de Dieu.
L’adoption est après tout une forme de falsification. Puisque le système de
l’adoption était profondément ancré dans la société arabe, seul un exemple
pratique donné par le Prophète en personne pourrait suffire à y mettre fin.
L’autorité
qui nous informe de ces événements n’est rien moins que le Coran lui-même. Dieu
S’adresse au Prophète (sws) dans le Coran, indiquant clairement qu’Il connait
parfaitement les sentiments du Prophète :
« Souviens-toi
de celui que Dieu et toi-même avez comblé de bienfaits, et auquel tu disais :
“Garde pour toi ton épouse, et crains Dieu”, tout en dissimulant au fond de
toi-même ce que Dieu allait rendre public. Tu redoutais l’opinion publique,
alors que c’est Dieu que tu devais craindre. Lorsque Zayd eut cessé toute
relation avec sa femme, Nous te la donnâmes en mariage afin qu’il ne soit plus
interdit aux musulmans d’épouser les femmes avec lesquelles leurs fils adoptifs
auront cessé toute relation conjugale (33/37) »
Le
propos est on ne peut plus clair. Le Prophète (sws) conseillait à Zayd de ne
pas divorcer de sa femme, tout en gardant pour lui-même quelque chose que Dieu
voulait rendre public. En outre, ces versets confirment que le mariage du
Prophète et de Zaynab était l’accomplissement des instructions de Dieu Lui-même
: « Nous te la donnâmes en mariage. » Le but de tout cela est
également indiqué très clairement : il s’agissait de mettre un terme au système
d’adoption et à tout ce qu’il impliquait.
Malgré
ces propos très clairs de Dieu, les ennemis de l’islam continuèrent à propager
des rumeurs et à émettre de fausses accusations. L’une des plus stupides est
celle qui suggère que le Prophète était amoureux de Zaynab et tentait de
dissimuler son amour. Ceux qui soutiennent ce point de vue indéfendable
avancent aussi que le verset coranique cité ci-dessus critique le Prophète pour
avoir dissimulé ses sentiments envers Zaynab.
Ces
affirmations sont pour le moins contradictoires. Qui aurait pu empêcher le Prophète
(sws) d’épouser Zaynab, qui était sa cousine et une pieuse musulmane? C’était
lui qui avait demandé d’épouser Zayd alors qu’elle ne le souhaitait pas. Il
avait tenté à maintes reprises de l’apaiser afin qu’elle soit satisfaite de ce
mariage.
Quand
Zayd eut divorcé de sa femme et qu’elle eut achevé sa période d’attente, le
Prophète (sws) demanda à Zayd d’aller demander pour lui la main de Zaynab.
Celui-ci se rendit donc chez elle, où elle pétrissait la pâte pour faire le
pain. Zayd a relaté : « Quand je la vis, je me sentis gêné. Je ne pouvais
même pas la regarder parce que c’était le Prophète qui la demandait. Je lui
tournai donc le dos, et je dis : « Zaynab, je t’apporte une bonne
nouvelle. Le Messager de Dieu m’a envoyé te dire qu’il désire t’épouser. »
Elle dit : « Je ne suis pas prête à faire quoi que ce soit avant d’avoir
demandé à mon Seigneur de me guider ». Elle alla tout de suite prier. Puis
le verset coranique mentionnant ce mariage fut révélé et le Prophète se rendit
chez Zaynab et y entra sans attendre qu’on lui autorise.
L’action
du Prophète (sws), lorsqu’il entra chez Zaynab sans attendre d’en avoir la
permission, indique que l’affaire n’était plus entre ses mains ni entre celle
de Zaynab. Ce mariage avait été ordonné par Dieu, entre autre dans un but
législatif.
Zaynab
était une femme de noble caractère, pieuse et bonne. Peu de femmes pourraient
égaler sa bonté envers les pauvres. Elle était un exemple pour toutes les
femmes musulmanes, par la force de sa foi et ses actes surérogatoires. Elle
jeûnait fréquemment et passait une partie de la nuit en prière. Rien ne
parvenait cependant à lui ôter le sentiment que son mariage avec le Prophète
lui conférait une position unique. Elle disait au Prophète : « Je suis
fière de 3 choses, qu’aucune autre de tes épouses ne peut avoir : nous avons
toi et moi le même grand-père [‘Abd al-Muttalib était le père de Abdullâh, le
père du Prophète, et d’Umayma, la mère de Zaynab] ; c’est Dieu, gloire à Lui,
qui m’a marié à toi par un ordre qu’Il a envoyé du Ciel, et l’émissaire de
notre mariage était l’ange Gabriel. »
Source : Adil Salahi, Muhammad sceau des
Prophètes : nouvelle biographie authentique du Prophète de l’Islam, édition
Tawhid 2007, p.352-355
4. L’adoption en
Islam
Selon
les usages et les coutumes de l’Arabie pré-islamique, le mariage avec la femme
divorcée d’un fils adoptif était interdit. En effet, comment un enfant adoptif
pourrait avoir les mêmes droits que l’enfant légitime en ce qui concerne les
liens de filiation et les droits liés à la filiation légitime, l’héritage et
les interdits concernant le mariage ? Cela ne peut-être admis par un
raisonnement valide. Les sentiments d’un père et d’une mère à l'égard d’un
enfant né de leur union légale, sont issus du fait que l’enfant est une partie
d’eux-mêmes et que leur amour pour lui court dans leurs veines. Au contraire,
ceux éprouvés à l’égard du fils adoptif, sont des sentiments emplis de
compassion, de tendresse et de charité. Il y a donc une grande différence entre
ces deux cas.
Le
Prophète (sws) souhaitait réformer les normes sociales qui prédominaient avant
l'islam en autorisant ce type de mariage. C’est pourquoi, son mariage avec
Zaynab (raa) avait pour finalité la mise en place d’une nouvelle législation
conforme à la raison et instaurant la différence entre l’enfant légitime et
l’enfant adoptif.
Ce
mariage était l’un des instruments de cette législation érigée en modèle
permettant de changer les coutumes de l’Arabie. Étant donné qu’il y avait une
frange de la société composée d'affranchies, qui était à l’origine des esclaves
et qui avaient les mêmes droits que les membres d’une tribu, les choses
devaient donc être réformées. Et ce n’était pas là la première fois que l'islam
se heurtait à des traditions qui étaient figées dans la société pré-islamique.
5. Conclusion
Nous
allons résumer les points essentiels :
1/
Zayd était appelé par les gens “fils de Muhammad” alors que ses vrais parents
étaient venus le chercher à la
Mecque avant la prophétie, il n’était donc pas un orphelin
adopté au sens premier du terme.
2/
Zaynab était la cousine du Prophète (sws), elle voulait l’épouser mais celui-ci
insista pour qu’elle épouse Zayd. Elle accepta cette proposition devant
l’insistance du Prophète (sws).
3/
Le Prophète l’avait déjà vu contrairement à ce que rapporte at-Tabarî. En
effet, le hadith n° 7421 d’al-Boukhârî est clair : le verset relatif au voile
est descendu suite au mariage du Prophète avec Zaynab. Il y a donc là un
anachronisme flagrant dans le récit d’at-TabarÎ qui affirme que Zaynab était
d’ordinaire voilée et que ce n’est que par mégarde que le prophète (sws) l’a
vit sans son voile.
4/
Tous les récits qui affirment que le Prophète (sws) l’épousa parce qu’il tomba
amoureux d’elle sont faux, d’ailleurs le Coran les contredit puisque le
Prophète dit à Zayd, lorsque celui-ci voulut divorcer de Zaynab :
« Garde pour toi ton épouse et crains Allâh »
(Saint-Coran, Sourate Al-Ahzâb 33, 37).
5/
Muhammad est le père d’aucun d’homme affirme le Coran, donc il n’a pas épousé
sa “belle-fille” par définition.
6/
Zaynab s’enorgueillissait même de son mariage, l’Imâm al-Boukhârî rapporte dans
son Sahih au numéro 7420, le hadith suivant :
Anas
rapporte que Zayd Ibn Harîtha étant venu se plaindre, le Prophète (sws) lui
avait dit : « Prémunis-toi envers Dieu et garde ta femme. » Anas
ajouta : « Si l’Envoyé de Dieu (sws) avait dû garder le secret sur quelque
chose, il l’aurait gardé en cette circonstance » Zaynab s’enorgueillissait
sur les autres femmes du Prophète (sws) en disant : « Ce sont vos parents
qui vous ont mariées, tandis que moi, j’ai été mariée par Dieu qui est
au-dessus des 7 cieux ».
7/
Ce mariage est venu statuer les règles d’adoption en Islam et différencier les
droits entre le fils légitime et le fils adoptif, qui est considéré comme étant
un frère. Ceci afin d’éviter la confusion dans les lignées et dans l’héritage.
Il fallait donc l’exemple même du Prophète (sws) pour mettre fin à cette
pratique de falsification, en effet, le fils adoptif n’a aucun lien de sang
avec celui qui l’accueille et le Coran nous affirme que donner son nom aux
orphelins est une injustice.
Dieu Sait Mieux ce qu'il en est -
Allâhou A'lam
SOURCE :
Le Mariage du Prophète (sws) avec Zaynab
(raa)
Collectif Sahab Ed-Dine. Création : 04/01/2011 .
Modification : 19/01/2011
http://blog.decouvrirlislam.net/Home/islam/Le-prophte-Muhammad/desinformations-sur-le-prophete-saws
Mohamed ZEMIRLINE
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