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dimanche 24 mai 2015

Salah Eddine. Wikipédia


SALADIN

SALAH EDDINE

Richard Cœur de Lion et Saladin.

Saladin2 ou Ṣalāḥ ad-Dīn Yūsuf (en arabe: صلاح الدين يوسف) né à Tikrit en 1138 et mort à Damas le 4 mars 11933 est le premier dirigeant de la dynastie ayyoubide, qui a régné en Égypte de 1169 à 1250 et en Syrie de 1174 à 1260.
Lui-même dirige l’Égypte de 1169 à 1193, Damas de 1174 à 1193 et Alep de 1183 à 1193. Son nom, an-Nāsir, signifie « celui qui reçoit la victoire de Dieu » et Saladin signifie la « rectitude de la Foi ». Il est connu pour avoir été le principal adversaire des Francs installés durant le dernier tiers du XIIe siècle et l’artisan de la reconquête de Jérusalem par les musulmans en 1187.

Jérusalem: La voie de libération de Jérusalem. Qassem Abdou Qassem. liberation-opprimes.net


La voie de libération de Jérusalem


Auteur : l’écrivain et historien égyptien
Qassem Abdou Qassem

Traduction Omar Mazri. 12 août 2012.
http://liberation-opprimes.net
  
SOMMAIRE


La voie de libération de Jérusalem 1/2


Scènes de Jérusalem du temps des croisades


Scène I:


Le concile de Clairmont (ou Clermont) — aujourd’hui Clermont-Ferrand — s’est tenu en Auvergne en 1095. Le pape Urbain II l’avait convoqué pour traiter des problèmes de discipline ecclésiastique, à la suite du concile de Plaisance qui s’était tenu six mois plus tôt, mais l’un des faits notables de ce concile est l’appel qu’Urbain II à la noblesse de la chrétienté, lui demandant de lutter contre les Turcs qui selon lui menacent l’empire byzantin et de délivrer les Lieux Saints occupés par les Musulmans. Le pape Urbain II  d’origine française, a été enthousiaste de lancer une « déclaration de guerre » contre les musulmans (1).
Après avoir évoqué les malheurs et souffrances des chrétiens d’Orient, le pape adjure les chrétiens d’Occident de cesser leurs guerres fratricides et de s’unir pour combattre les musulmans païens et délivrer leurs frères en Orient qui est une cause plus juste. En même temps les Chrétiens pourront expier leurs péchés une fois arrivés à Jérusalem. Cet appel de Clermont qui est considéré comme une véritable opération médiatique mensongère contre les musulmans est  considéré comme la cause directe de la première croisade.
L’engagement et la réponse enthousiaste de la part du public chauffé à blanc par des manipulateurs de spectateurs dans une  pièce de théâtre dont chacun avait son rôle à jouer pour mobiliser les foules ignorantes. Ainsi il y eut des cantiques, des appels à la guerre et des chœurs répétant les mots « Dieu veut … il veut le Seigneur » (2). … Ainsi a commencé les croisades …

samedi 23 mai 2015

Guerres arabo - byzantines. Wikipédia


Guerres arabo - byzantines


Feu grégeois, utilisé pour la première fois par la marine byzantine
au cours des guerres entre Arabes et Byzantins.

Les guerres entre les Arabes et les Byzantins sont une série de guerres entre les califats arabes et l'Empire byzantin entre le VIIe et le XIIe siècle. Celles-ci débutent en même temps que les premières conquêtes musulmanes des califes rashiduns et omeyyades et se poursuivent sous la forme d'un bras de fer frontalier permanent jusqu'au début des croisades. À la suite de celles-ci, les Byzantins (les Romains ou Rûm dans les chroniques historiques musulmanes), perdent une importante partie de leur territoire.
Les conflits initiaux se déroulent de l'année 634 à 718, finissant avec le second siège par les Arabes de Constantinople qui arrête la progression rapide de l'empire arabe à travers l'Anatolie. Cependant, les batailles continuent entre les années 800 et 1169. L'occupation des territoires d'Italie du Sud par les armées abbassides aux IXe et Xe siècles ne rencontre pas le même succès qu'en Sicile. Mais sous la dynastie macédonienne, les Byzantins reprennent les territoires du Levant et progressent avec leur armée dans le sud, menaçant même Jérusalem. L'émirat d'Alep ainsi que ses voisins deviennent des vassaux des Byzantins en Orient, où émerge la menace encore plus grande du royaume de l'Égypte fatimide. Ils restent la préoccupation majeure de l'Empire jusqu'à la montée en puissance des Seldjoukides qui prennent possession de la plupart des terres et refoulent les Abbassides à l'intérieur des terres de l'Anatolie. Aussi, l'empereur byzantin Alexis Comnène se voit obligé de demander une aide militaire au pape Urbain II lors du concile de Plaisance; ces évènements sont souvent considérés comme des signes avant-coureurs de la première croisade.

LE RAYONNEMENT DE L'ISLAM. L’ESPRIT DE CORDOUE. Karim Younes


LE RAYONNEMENT DE L'ISLAM. L’ESPRIT DE CORDOUE
Karim Younes


Dès les premiers temps de l’Islam les échanges dans tous les domaines de la science et de la connaissance furent étudiés dans un climat de grande tolérance religieuse et intellectuelle. Cet état d’esprit s’est poursuivi durant la période de la conquête musulmane de l'Espagne.

C’est à cette époque d’ailleurs que furent traduites pour la première fois en arabe les œuvres des philosophes grecs, en particulier Aristote, malgré la réprobation des autorités religieuses. Les initiateurs de cette grande expédition intellectuelle furent Ibn Masarra, un panthéiste, Ibn Hazm -au Xe siècle- et le Juif Ibn Gabirol qui professa une philosophie néoplatonicienne. Le XIIe siècle fut marqué par Ibn Yahia as sayegh (Avempace) et son disciple Ibn Tufayl, dont l'œuvre eut un fort impact parmi les Chrétiens.

Siège de Constantinople 717-718 par les arabes 01. Wikipédia


Siège de Constantinople


Bataille de Poitiers, en octobre 732
Le siège de Constantinople de 717-718 est souvent comparé à la bataille de Poitiers,
deux affrontements qui entravent l'expansion musulmane en Europe.

Le second siège arabe de Constantinople en 717-718 est un siège terrestre et maritime de Constantinople, la capitale de l'Empire byzantin, par les Arabes du Califat omeyyade. La campagne est le point culminant de trente ans d'attaques et d'empiètement par les Arabes sur les régions frontalières de l'Empire byzantin alors en plein désordre interne. Les Arabes dirigés par Maslama ben Abd al-Malik envahissent l'Asie Mineure byzantine en 716. Ils espèrent initialement exploiter la guerre civile en cours entre le général Léon l'Isaurien et Théodose III mais Léon parvient à mettre la main sur le trône avant le début du siège.

Après avoir passé l'hiver sur les côtes d'Asie Mineure, l'armée arabe passe en Europe et pénètre en Thrace au début de l'été 717. Elle construit des lignes de siège pour mettre en place un blocus de la cité, qui est protégée par les imposants remparts théodosiens. La flotte arabe qui accompagne l'armée et doit compléter le blocus par mer est neutralisée peu après son arrivée par la marine byzantine et son feu grégeois. Cela permet à Constantinople de continuer à être ravitaillée par mer tandis que l'armée arabe est frappée par la famine et la maladie au cours de l'hiver inhabituellement dur qui suit. Lors du printemps 718, les deux flottes arabes envoyées en renfort sont détruites par les Byzantins après que leur équipage chrétien a fait défection. En outre, une armée de soutien envoyée à travers l'Asie Mineure tombe dans une embuscade et est vaincue. Ces évènements, couplés avec l'attaque des Bulgares sur leurs arrières, forcent les Arabes à lever le siège le 15 août 718. Lors de sa retraite, la flotte arabe est presque totalement détruite par des tempêtes et des attaques byzantines.

L'échec de ce siège a des répercussions de grande envergure. Le sauvetage de Constantinople assure la survie future de l'Empire byzantin tandis que les perspectives stratégiques du califat sont perturbées. Bien que des incursions régulières sur les terres byzantines se poursuivent, l'objectif d'une invasion complète est abandonné. Le siège est aussi connu pour avoir arrêté l'avance musulmane en Europe et, de ce fait, il est souvent considéré comme l'une des plus grandes batailles de l'histoire.

vendredi 22 mai 2015

Siège de Constantinople 674-678 par les arabes. Wikipédia 2


Siège de Constantinople (674-678)


La Porte d'Or, la principale entrée des remparts de Théodose

Le premier siège de Constantinople par les Arabes entre 674 et 678 est une bataille majeure des guerres arabo-byzantines et le premier point culminant de la stratégie expansionniste du califat omeyyade contre l'Empire byzantin.
Muāwiya Ier, dirigeant l'empire musulman depuis 661 à l'issue d'une guerre civile, lance une offensive contre les Byzantins qu'il espère vaincre définitivement en prenant leur capitale, Constantinople.

Le chroniqueur byzantin Théophane le Confesseur rapporte que l'attaque arabe est méthodique : en 672 et 673, les flottes musulmanes sécurisent les bases d'Asie mineure puis mettent en place un blocus plus ou moins hermétique autour de Constantinople. Se servant de la péninsule de Cyzique près de la capitale byzantine comme base hivernale, elles attaquent chaque printemps les fortifications de la ville. Finalement, les Byzantins, dirigés par Constantin IV, parviennent à détruire la marine arabe grâce à l'utilisation d'une nouvelle arme secrète : le feu grégeois, une forme de liquide incendiaire. De plus, ils parviennent à vaincre l'armée des Arabes en Asie Mineure, ce qui contraint ces derniers à lever le siège. La victoire byzantine est d'une importance cruciale pour la survie de l'Empire byzantin, la menace arabe s'éloignant pendant quelques années. Un traité de paix est signé peu après et le déclenchement d'une nouvelle guerre civile parmi les Musulmans permet même aux Byzantins de reprendre, pendant quelque temps, l'ascendant sur le califat.

Le siège laisse plusieurs traces dans les légendes du monde musulman naissant, bien qu'il se mêle aux récits d'une autre expédition menée contre la ville quelques années auparavant par le futur calife Yazid Ier. En conséquence, la véracité du récit de Théophane est mise en doute par plusieurs universitaires contemporains, qui lui préfèrent des sources arabes et syriaques.

Siège de Constantinople 674-678 par les Arabes. Wikipédia


Siège de Constantinople (674-678)

Les récits des évènements diffèrent, selon les chroniques byzantines qui sont plutôt rares et celles des historiens arabes.
Quels que soient les événements qui se sont véritablement déroulés, on relève que les arabes avaient toujours cherché à « récupérer » ou peut être neutraliser Constantinople.

Il ne pouvait s’agir d’un projet de conquête, L’Islam interdisant toute agression.
Si les historiens byzantins ne donnent pas suffisamment les raisons de ces attaques ou répliques arabes, il est bon de rappeler qu’il s’agissait plutôt d’une guerre prolongée contre le puissant empire romain qui occupait toutes ces régions jusqu’en Egypte pour ne pas dire, toute l’Afrique du Nord. Il exigeait le paiement de lourds tributs et maintenait sa présence par la création et l’entretien de guerres civiles et des guerres entre pays voisins avec des frontières modifiées en conséquence.

Tout simplement, le mode de colonisation qui perdure jusqu’à aujourd’hui et de la part pratiquement des mêmes agresseurs. Agresseurs qui n’ont jamais pu comprendre les rudiments de la vie sur Terre…
Conduites par la cupidité des seigneurs qui colonisent mais asservissent aussi leurs propres peuples.

Voilà, les historiens ont tout écrit en se donnant tant de mal et chacun selon sa direction ou « directives », mais l’histoire s’est écrite d’elle-même et a pu éliminer les Histo-Riens !

vendredi 15 mai 2015

L'influence arabe sur la Grèce antique. Abderrahman Benatia


Un livre sur l'influence arabe sur la Grèce antique:
Plusieurs mots et noms propres sont d'origine arabe.
« Histoire de la colonisation arabique dans la Grèce antique à travers la mythologie, la toponymie, l’onomastique et le vocabulaire »
Par Abderrahman Benatia

Publié sur le site: [www.elwatan.com]
http://www.yabiladi.com/forum/taounate-6-1412571-page=111.html

Spécialisé dans les langues européennes et arabe, l’auteur Abderrahman Benatia signe un sixième ouvrage intitulé « Histoire de la colonisation arabique dans la Grèce antique à travers la mythologie, la toponymie, l’onomastique et le vocabulaire », aux éditions Houma.

Ecrire sur les langues, quelle que soit leur appartenance, n’est pas chose aisée. Abderrahman Benatia a effectué des recherches pointues pour aborder son thème. Un thème axé sur la colonisation arabique dans la Grèce antique. Constitué de 512 pages, ce volumineux ouvrage s’articule autour de trois grandes parties : rétrospective historique et civilisationnelle, linguistique grecque et importance du substrat de la langue arabe dans le grec classique. Selon l’auteur, de nombreux mots que nous employons dans la langue courante en français ou en d’autres langues européennes actuelles sont certes d’origine grecque. Mais cette dernière cache une étymologie plus ancienne.

« Une étymologie méconnue probablement par certains linguistes, sûrement par le grand public, tant celui qui parle des langues indo-européennes que celui qui pratique la langue arabe », argumente-t-il.

A titre d’exemple, les termes académie, arithmétique, histoire, lycée, roi ou encore rose... et plus de 200 autres étudiés dans cet ouvrage sont des termes arabes. Mieux encore, Abderrhaman Benatia nous apprend dans son intéressant livre que les noms de philosophes, poètes, artistes, savants tels que Pindare, Platon, Phidias, Thales... et autres sont des appellations d’origine arabique. Les hommes politiques de la grande Grèce, notamment les rois et les reines, tyrans, ne sont pas en reste. Nombre d’entre eux sont d’origine arabique, de même pour les noms qu’ils portent, à l’image de Crésus, Philippe (Macédoine), Pisstrate, Solon, Péricles. En guise de conclusion, Abderrahman Benatia affirme que l’étude des noms propres de la Grèce et l’importance du substrat de la langue arabe dans le grec classique rejoignent et confirment l’histoire des colonisations arabes dans la Grèce antique. En somme, Abderrahman Benatia invite le lecteur à découvrir un pan de l’histoire arabique et ce, à travers une foule d’exemples à l’appui. Un sérieux travail de recherche a été fourni.

Histoire de la colonisation arabique dans la Grèce antique, à travers la myhologie, la toponymie, l’onomastique et le vocabulaire, Edition Houma. 512 pages. Mars 2005. Prix public : 760 DA.

SOURCE :
http://www.yabiladi.com/forum/taounate-6-1412571-page=111.html


Mohamed ZEMIRLINE

mercredi 13 mai 2015

la notion du temps en Islam. Rachid Benblal



Ce que la notion du temps en Islam
a apporté à la culture occidentale
Rachid Benblal
Publié dans El Watan le 09 - 10 - 2005

Chacun sait que le mot temps dont on se sert fréquemment dans la conversation ou dans la langue écrite se prête à plusieurs emplois. Il existe plusieurs expressions, qui évoquent l'idée de temps et son emploi, telles que « Le temps passe vite » « N'avoir qu'un temps », « Bien employer son temps ».
Mais il n'existe, autant qu'on le sache, aucune définition du mot temps qui ait reçu l'assentiment unanime des philosophes et des savants.

L'évêque algérien d'Hippone, saint Augustin disait : « Si on ne me demande pas de définir le temps, je crois savoir ce qu'est le temps ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. »
Pour Blaise Pascal, il est impossible et même inutile de définir le temps.
« Pourquoi, disait-il, le définir, puisque tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant du temps, sans qu'on le désigne davantage ? » Il est indéniable, que si dans le langage ordinaire, le temps est une suite indéfinie des jours, des mois, des années, en philosophie occidentale, la définition du temps dépend de la représentation qu'on se fait de l'essence du temps.

Exposons brièvement les points de vue exprimés à l'endroit du temps par quelques philosophes occidentaux avant d'esquisser les aspects caractéristiques que présente le temps dans la pensée islamique et sa contribution à la philosophie et aux sciences de l'Occident.

Pour le philosophe et mathématicien français, René Descartes (1596-1650), comme pour le philosophe et mathématicien allemand Leibniz (1646-1716), le temps est l'ordre des successions. Autrement dit, le temps est une succession d'instants indépendantes les uns des autres. Un être humain ne peut pas être simultanément un enfant et un homme adulte, mais il peut l'être successivement. Autre exemple, celui de l'ordre successif des jours et des nuits. Au contraire de ce qu'a soutenu Leibniz, le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) ne considère pas le temps et l'espace comme des concepts abstraits de l'étendue et de la durée concrètes. D'après Kant, on ne peut faire abstraction ni du temps ni de l'espace. L'un et l'autre sont des intuitions a priori, des formes pures de la sensibilité. Au lecteur auquel ce langage n'est pas familier, ce que Kant veut dire, c'est que l'espace et le temps font partie de nous-mêmes, puisque nous ne pouvons pas nous en abstraire. Je peux éliminer par l'imagination tout ce qui m'entoure, les gens, les maisons, les voitures, les arbres. Mais je ne peux supprimer l'espace de même, je ne peux faire abstraction du temps même si je nie que tel événement ne s'est pas produit. Il est impossible de nier que le temps s'écoule et ne s'arrête pas.
Selon le philosophe américain William James (1842-1910), l'espace et le temps, loin d'être les intuitions que prétend Kant, sont des constructions aussi manifestement artificielles que celles qu'on peut rencontrer dans la science (William James, Le Pragmatisme, 166-167).

Bien quelles recèlent quelque chose de vrai, toutes ces théories, aussi bien celles de Kant que de William James, ont été ruinées définitivement par deux penseurs de génie : l'un, un philosophe français, Henri Bergson (1859-1941) et l'autre un savant américain Albert Einstein (1879-1955). La place nous manque pour tenter un exposé suffisamment précis de la théorie einsteinienne. Bornons-nous donc à indiquer que Einstein a profondément modifié les notions classiques du temps et de l'espace et que selon la théorie de la relativité, l'espace et le temps ne peuvent se définir indépendamment l'un de l'autre. Ce que les philosophes appellent temps abstrait, c'est le temps homogène ou temps mesurable au chronomètre. Le temps se mesure par l'espace. Lorsqu'on dit il est deux heures du matin, on vise cet espace de la montre ou de l'horloge parcouru par l'aiguille et compris entre les chiffres 12 et 2.

Henri Bergson a montré que le temps mesurable par l'espace est une conception symbolique qu'il ne faut pas confondre avec la durée concrète qui est perçue immédiatement par la conscience. La durée, ou plutôt le mouvement de la vie intérieure, est étrangère à l'espace. Ce mouvement de la vie est constitué de rythmes, comme ceux de la respiration et des battements du cœur. Bergson substitue donc le temps homogène qui est conçu comme un symbole à la durée qui est une réalité non mesurable. Une heure d'horloge reste toujours une heure qu'elle soit une heure d'ennui ou de plaisir. En revanche la durée, c'est le temps pendant lequel on attend avec ou sans angoisse, où les minutes peuvent être longues ou courtes selon les circonstances ou les individus. Une heure d'un homme d'action n'est pas la même que celle d'un désœuvré.

A ce propos, le philosophe russe Nicolas Berdiaef (1874-1948) écrit dans son ouvrage Cinq méditations sur l'existence :
« Si habituellement, nous tenons tant à l'observation des heures, c'est que nous ne sommes guère heureux, c'est que nous sommes trop souvent misérables. Les heureux ne comptent pas les heures. Une vive souffrance est ressentie comme l'éternité d'un supplice infernal. » Tel est le commentaire explicite de cette formule bien connue : « Nous ne sommes pas dans le temps, c'est le temps qui est en nous. » Le tort de Leibniz et de Kant, nous dit Bergson, a été précisément de confondre la durée avec le temps homogène.
Les concepts de temps homogène et de durée se posent-ils selon les mêmes perspectives occidentales chez les musulmans ? Assurément, la pensée occidentale a du mal à concevoir la notion même de temps en Islam.

Un écrivain français auteur d'un ouvrage paru au début du siècle dernier sous le titre L'âme musulmane a prétendu que « c'est le fatalisme qui a initialement oblitéré, chez les musulmans, le sens et le respect de la durée. Et que leur détachement devant le temps se retrouve également devant l'espace ».

Assurément, cette affirmation est une erreur monstrueuse, au motif que d'une part, comme toute culture, celle de l'Islam s'est construite également autour d'un sens bien déterminé du temps. Que d'autre part, l'Islam est la seule religion monothéiste qui ait apporté un grand soin à la mesure technique du temps qui s'écoule mesurable et rythmé sur les mouvements du soleil et de la lune. Le professeur Robert Brunschvicg a signalé dans ses études d'Islamologie quelques précisions temporelles indiquées dans le Coran. Il est utile d'en rappeler ici quelques-unes.

La place importante accordée par le Coran au temps concret et mesuré a trait au culte et aux rapports qui régissent l'homme et la femme. Par exemple : La sourate Le repentir, verset 37. apporte cette précision :
« En la science éternelle de Dieu, et du jour où Il créa les cieux et la terre, le nombre de mois est de douze ainsi qu'il est écrit dans son Livre. Sur ce nombre, quatre mois sont sacrés, ainsi le veut la vraie religion. »
La Sourate (La Génisse chapitre IL versets 180-192) indique les mois du jeûne et du pèlerinage.
Précisions importantes : dans cette sourate, il est dit : « Quiconque ne trouvera pas à sacrifier, il se libérera par un jeûne de trois jours durant le pèlerinage et sept jours lors de son retour, soit dix jours entiers. »

Dans le droit consacré au statut personnel proprement dit, le Coran ménage au temps une place de premier plan. La sourate La Génisse chapitre Il consacre dans ses versets 226, 227, 234 les indications suivantes :
« A ceux qui font serment de ne plus approcher leurs femmes, un délai de quatre mois est imparti » ;
« les femmes divorcées devront attendre durant trois périodes menstruelles avant de se remarier » ;
« En cas de décès du mari, ses veuves sont astreintes à un délai de viduité de quatre mois et 10 jours. »
La sourate La Répudiation chapitre XLV dans son verset 4 dispose que :
« Les femmes n'ayant plus de menstrues seront astreintes pour plus de sûreté à une retraite de trois mois ainsi que celles non pubères ».
Terminons cette réfutation de l'auteur de L'Ame musulmane par rappeler que c'est en Egypte que l'on fabriqua le premier gnomon ainsi que la première horloge hydraulique, et cela quinze siècles avant J.-C.

Jacques Attali fait observer dans son ouvrage Histoire du temps que les Arabes avaient une grande connaissance de l'astronomie, de l'astrologie, de la mécanique de la physique de l'eau et celle du temps. Ils avaient la maîtrise de la théorie du temps et celle des techniques de fabrication des instruments servant à sa mesure. Jacques Attali ajoute : « Ce sont les Arabes qui ont développé l'usage des clepsydres. Et c'est pourquoi, lorsqu'en 809, le calife Haroun El Rachid voulut offrir à l'empereur Charlemagne le plus magnifique cadeau, il lui fit envoyer une clepsydre de bronze. »

Certains, non sans embarras, ont affirmé que la notion de temps est étrangère aux musulmans du seul fait que le terme arabe « zamane », qui signifie en français temps, n'existe pas dans le Coran. A cela nous répondrons que le Coran renferme en revanche un riche vocabulaire relatif au temps. Le mot Saâ (l'heure), celle du dernier jour, est mentionné trente cinq fois. Ame (an)- Shâr (mois) - Layl et Nahar (nuit et jour) - çabah (matin)- fadjr (aube) - duha (clarté matinale)- icha (soir). On est frappé par la fréquence des mots dahr et hin. Le mot dahr, c'est le temps qui s'écoule, le temps - durée.

La sourate (LXXVIVI) : « Hàl àtà, eala aI Insàn hinun min adahri) » : « s'est-il écoulé pour l'homme une durée où il n'était pas chose mentionnée ? » « wà qàloù ma hiya ilà hayatouna dunyà ghàwtun wa nahiyà wà mà youhlikanà ila dahr »
« Il n' y a pour nous, disent-ils que la vie d'ici-bas, nous mourons et vivons spontanément : seule le temps -durée, nous fait périr » (sourate Les Agenouillés XLV verset 24). Le mot dahr a été diversement interprété au cours des siècles. Certains en ont même fait une doctrine matérialiste. Désignés sous le nom des dahriyya, ces sectateurs professaient l'éternité de la durée. A les en croire, le Prophète (que la paix et la bénédiction divines soient sur lui), aurait dit: « Que Dieu commande aux hommes de ne pas insulter le dahr, car Il est le dahr » ; l'islam rejette cette hérésie.

Selon Henri Corbin, la différenciation entre la durée vécue et le temps objectif et homogène a été nettement posée chez le grand soufi iranien AlaoddaWleh Semnàni (XIVe siècle) et chez le grand théosophe mystique Qazi Saïd Qommi (XVIIe siècle ) voir Henri Corbin (L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi. pp.299).

Le célèbre médecin philosophe iranien Mohammed Razi (864-932), qu'on appelle Rhazed pour le distinguer des autres Razi, a fait lui aussi la distinction entre le temps objectif ou temps des horloges (Zaman afaqi) et le temps subjectif ou durée concrète (Zaman anfusi). A l'instar de Rhazes, le philosophe Semnani s'est fondé sur la sourate coranique Fussilat (XLI, verset 53) « Sà norihim ayàtouna fi al-faqi wafi anfusihim » ; « nous leur ferons apparaître Nos signes dans l'univers et en eux-mêmes qu'ils sauront bien un jour que ceci est la vérité.»

De même pour Sidi Ahmed Alawi (XVIIe siècle), le disciple et gendre de Mir Damad, qu'il ne faut pas confondre avec sidi Ahmed Alawi, le saint mostaganémois (1869-1934), le temps objectif quantitatif ne doit pas être confondu avec le temps intérieur de l'âme, le temps qualitatif pur. Dans la sourate Les Rangs (chapitre XXXVII verset 174 et 177), Dieu a dit : « Fa tàwàla anhoum hâta hin » (Détourne-toi d'eux pour un instant). En se fondant sur cette sourate, et sans nier le temps de l'horloge, les théologiens et les soufis musulmans ont fait de la durée une succession d'instants.

Répondant à la question qu'est-ce que l'instant, le grand mystique Hallaj Husein Mansùr (857-922) : « C'est une brise de joie Farja. » A l'instar de tous les soufis, Hallaj refusait toute durée continue aux états, ahwàl (plu de hàl). A la suite de Hallaj, un autre maître du soufisme Abubakr Kalabadhi disait : « L'instant, c'est une coquille perlière close au fond de l'océan d'une poitrine d'homme.»
L'orientaliste Louis Massignon écrit (1883-1962) dans son ouvrage Parole donnée, pp .352 : « Pour le théologien musulman, le temps n'est donc pas une durée continue, mais une constellation, une voie lactée d'instants ».

Cette perception de la discontinuité de la durée a été reprise huit siècles après les savants musulmans par René Descartes, puis a été soigneusement étudiée par le philosophe français Gaston Bachelard (1884-1962). Dans son ouvrage L'Intuition de l'instant, il écrit : « Le Temps n'a qu'une réalité ; celle de l'instant.» « Tout ce qui est simple, ajoute-il, tout ce qui est fort en nous, tout ce qui est durable même est le don d'un instant. » La thèse de la discontinuité, essentielle du temps que défend Bachelard et qui n'est autre que la conscience que les musulmans ont du temps, est assurément diamétralement opposée à la formulation de Bergson selon laquelle « la durée constitue une unité organique qu'il serait artificiel de découper en instants ».

Juan Vernet rapporte dans son ouvrage ce que la culture doit aux Arabes d'Espagne ceci : « Les Paradoxes de Zenon d'Elée (philosophe grec né entre 490 et 485 avant J.-C.) qui mettaient en évidence le fait que l'espace n'était pas une juxtaposition de points, ni le temps une somme d'instants indivisibles furent remaniés par les philosophes arabes au point que l'approche de ces problèmes dans le monde latin du XIIVe siècle a plus à voir avec celles des Arabes qu'avec la traduction par Grosse Teste du traité pseudo-aristolicien. » La durée qui n'est autre qu'un agrégat d'instants n'est pas mesurable au chronomètre comme l'est le temps homogène.

Des études scientifiques récentes ont montré que l'élément constitutif de la durée, c'est précisément le rythme qui est caractéristique de toute vie (rythme de la respiration, battement du coeur, etc) En biologie, la durée joue un rôle actif et prépondérant. Dans son étude « Des rythmes biologiques à la chronobiologie », Alain Reinberg a montré qu'il existe les rythmes de période courte (de quelques secondes ou fractions de seconde) et les rythmes de période longue. Etudiés de manière approfondie, ces phénomènes biologiques que constituent les rythmes ont non seulement développé la chronobiologie mais ont ouvert la voie à des sciences d'une immense utilité pour l'humanité, telles que la choronotoxiologie, la chronopharmacologie et la chronothérapeutique. La médecine est à présent en mesure de répondre à cette question si souvent posée par les malades : « A quelle heure dois-je prendre ce médicament ? ». Enfin, depuis les travaux de Pierre Le comte de Nouy, on sait à l'avance le temps nécessaire à la guérison d'une blessure.

Que ce soit dans le domaine de la temporalité ou dans celui de la science et de l'art en général, par leur génie philosophique et scientifique, les musulmans ont bien mérité de l'humanité. L'Occident a puisé à pleines mains dans leurs oeuvres sans se préoccuper de les citer. Quel dommage.

Rachid Benblal
(Ce que la notion du temps en Islam a apporté à la culture occidentale
Publié dans El Watan le 09 - 10 – 2005).


Mohamed ZEMIRLINE

Islam. Propagation et colonialisme. Basile Y.



EUROPE ET MONDE ARABE
LA PAILLE ET LA POUTRE
Basile Y.
Propagation et colonialisme

La propagation de l'Islam au coeur de l'Afrique et en Asie jusqu'aux Îles Philippines ne fut pas du colonialisme. Il ne fut même pas une Paille à opposer à la Poutre du colonialisme européen. Passés les premiers élans des conquêtes à la pointe de l'épée qui conquirent toute la Perse, déplumèrent très fortement l'Empire Byzantin, et occupèrent un tout petit coin de l'Europe au Sud des Pyrénées, l'immensité de l'Empire conquis (de l'Indus à l'Atlantique) eut pour résultat sa division en deux Dynasties rivales, les Abbassides en Orient et les Omeyyades en Occident, et les luttes intestines qui s'en suivirent. C'est cette décadence militaire qui fut le commencement des conquêtes spirituelles qui n'étaient plus le fait des Arabes seuls, mais de l'Islam tout entier, d'une civilisation plurinationale.

Contrairement à la violence destructrice d'autres civilisations sur son chemin que fut le colonialisme de l'Europe, les missionnaires de l'Islam furent des commerçants. Ils ne marchèrent pas sur les pas de la soldatesque parce que leur objectif était le commerce et pas le brigandage colonialiste. Fin du XIIIe siècle Marco Polo, de retour de Chine, faisait escale à Perlak, au nord de Sumatra. Il y constatait un grand nombre de Musulmans convertis par des marchands bengalis. Il n'y eut jamais d'expédition militaire en Indonésie, et déjà au XIVe siècle il y avait en Malaisie des Sultans musulmans par conversion ou par mariages. Au XVe siècle presque toute cette région indonésienne était islamisée sans violence. Elle l'était par des marchands, soit de passage, soit qui s'y installaient en se mariant avec des autochtones. Il y a aujourd'hui plus de 100.000.000 de Musulmans en ce coin du monde. Les grandes aventures des conquêtes de l'Islam en Asie jusqu'aux Philippines et en Chine (où il y a plus de 10.000.000 de Musulmans), ainsi qu'à l'Est, au coeur et à l'Ouest de l'Afrique, ne se firent pas à la pointe de l'épée, mais par des échanges commerciaux de "missionnaires" commerçants. C'est pour cela qu'elles furent durables, et ce qui explique l'échec lamentable de la Mission Chrétienne en ces pays vers lesquels nos missionnaires évangélisèrent à l'ombre de la soldatesque européenne. En Afrique l'Islam ne s'attaqua pas à l'Éthiopie chrétienne parce que celle-ci n'attendait pas de libérateur du joug byzantin - l'Éthiopie était chrétienne depuis le IVe siècle. Pendant treize siècles ce pays des Négus vécut entouré de potentats musulmans et en paix avec eux. Elle ne fut agressée qu'en 1935-36 par Mussolini, paladin de la civilisation occidentale.
Nous n'allons pas faire ici l'historique des conquêtes spirituelles de 1'Islam en Afrique Noire, mais, pour faire la comparaison entre deux "Kulturträger" (porteurs de cultures), l'Islam et l'Europe, cela vaut la peine de reproduire un document britannique, une pétition adressée au Parlement anglais en 1802 pour demander la dissolution de la Compagnie de Sierra-Leone, parce qu' "elle était plus malfaisante qu'utile". Dans cette requête on y loue le travail des "missionnaires" musulmans comme suite :

"Voilà 70 ans (c'est à dire vers 1730) un petit groupe de Mahométans s'établit en un pays situé à environ 40 miles de Sierra-Leone, qu'ils appelèrent Mandingoland. Comme il est d'usage chez eux, ils fondèrent des écoles(1) dans lesquelles on enseigne la langue arabe et les préceptes de Mahomet, parmi lesquels celui de ne jamais vendre en esclavage un coreligionnaire(2). Les Lois du Coran furent introduites(3), on déracina la pratique qui consistait à dépeupler les côtes, et malgré des bouleversements internes, un relativement haut niveau de Culture, d'Unité et de Sécurité fut atteint. En conséquence de cela la population augmenta(4) rapidement et le pouvoir est passé peu à peu entre leurs mains, dans la partie du pays où les Mahométans s'établirent. Ceux qui étudièrent à leurs écoles(5) acquirent du bien-être et de la puissance dans les pays voisins, où ils amenèrent une partie importante de leur religion et leurs Lois avec eux.... La victoire de l'Islam s'étendra pacifiquement selon toute probabilité sur toute la colonie…"(6)

C'était là naturellement une méthode de "colonisation" différente de celles de notre flambeau civilisateur. On n'y allait pas en brigand avec le mousqueton mais en commerçant-"missionnaire". Le document ci-dessus était adressé par des Anglais à leur Parlement pour demander la dissolution d'une compagnie coloniale anglaise. L'historien pakistanais qui cite ce document, cite en même temps un historien anglais qui confirme le texte de cette requête des sujets de la Majesté Britannique en écrivant :

"La propagande (de l'Islam) n'est pas faite par un ordre de prêtres proprement formés pour cette tâche, mais chaque Musulman est un missionnaire actif. Sitôt qu'une demi-douzaine d'entre eux s'établissent dans une cité dans laquelle ils comptent rester un certain temps, ils bâtissent une Mosquée et le travail de la mission commence. Ils s'adressent d'abord au chef de l'agglomération pour son acquiescement, et même pour sa conversion. Ils lui apprennent leur prière en arabe dans la mesure où il peut ou veut la retenir. Ils lui montrent les formes extérieures de cérémonie de la prière, lui défendant la consommation des boissons alcoolisées(7) - une prescription qui est suivie ou pas - et voilà l'homme converti."(8)


Ils impressionnent en outre la population, "avec leur conduite dévote et leur Culture supérieure"(8)
Ceci est l'appréciation d'un africaniste anglais sur les méthodes de pénétration de l'Islam en Afrique, qui furent les mêmes qu'en Asie.
Quel contraste avec notre "Mission Civilisatrice" à l'alcool, au fouet et à la corruption ! Quelle illustration de la Paille et de la Poutre, du voleur qui crie "au voleur", quand on entend les thuriféraires de l'Europe parler de "fanatisme musulman". Chez l'Européen ce fut la colonisation par une "Métropole", au mousqueton, à la canonnière, au fouet comme aux camps nazis, écrit Aimé Césaire, pour organiser le pillage. L'Islam n'y alla par contre pas en colonisateur armé. Dans aucun État islamique dont les marchands missionnèrent en Afrique ou en Asie il y eut de ces repaires de brigands de grands chemins qu'on appela en Europe Ministère des Colonies. Et, toujours par le principe de la Paille et la Poutre, on ne dit pas LA CAVERNE DE L'HOMME BLANC, mais "La Caverne d'Ali Baba".

Les Arabes n'ont jamais eu d'Ordres de missionnaires et aucun peuple d'Afrique ou d'Asie qui embrassa l'Islam fut assujetti a une "Métropole". Les Empires islamiques de l'Afrique Noire comme l'immense Songhaï ne furent pas fondés par des conquérants arabes sous la contrainte du Yatagan. Ce furent les Africains eux-mêmes, déjà musulmans sous le Mali, qui fondèrent le Songhaï. On ne bâtit pas un Empire sans violence, mais la violence n'était pas "métropolitaine".

Les Arabes y avaient été les premiers propagateurs de la foi, avec la balance dans une main et le Coran dans l'autre. Ils étaient commerçants comme leur Prophète l'avait été avec les chameaux de son oncle. Ils ne se comportèrent pas en "pacificateurs" à la Gallieni et Lyautey ou à la Sir Cecil Rhodes(9) ou à la Hauptmann Dominik et Herr General von Trotha(10). Ce sont les Africains eux-mêmes qui fondèrent ces empires sous l'influence culturelle de l'Islam. Ce n'était pas là des colonies pillées par une race "supérieure", mais des États indépendants où leur culture islamique s'épanouissait parallèlement à celles d'autres pays islamiques. Il s'y éleva des Universités vers lesquelles des Arabes allaient pour ajouter à leur Savoir, comme des Européens vont aujourd'hui aux États Unis pour ajouter au leur. Ils ne connaissaient qu'une seule Métropole celle de leurs pèlerinages à La Mecque. Ils y allaient en hommes libres, comme allaient jadis les Grecs de Sicile ou de la Mer Noire aux Jeux Olympiques, comme vont les Australiens et les Nord-Américains aujourd'hui en Europe. Avec la différence que ces derniers sont des Européens qui s'installèrent en ces pays en exterminant leurs habitants au nom du "Ote-toi de là que je m'y mette", contrairement aux royaumes musulmans de l'Afrique Noire qui étaient des royaume d'autochtones convertis à l'Islam par des commerçants musulmans, et où les Arabes étaient des hôtes, mais pas des Maîtres.
En 1518, l'historien-voyageur Maure Hassan Ibn Muhammad, capturé par des pirates chrétiens en Méditerranée, fut transporté à Rome comme une prise de choix et présenté au Pape Léon X, connu alors pour ses largesses de mécène. Léon X fut enchanté de ce que ce Maure lui rapporta sur Tombouctou, et le convertit au christianisme en lui donnant son propre nom de baptême. C'est ainsi que Hassan passa dans l'Histoire de l'Occident sous le nom de Leo AFRICANUS, avec ses relations sur les splendeurs de l'Afrique qu'il avait visitée en long et en large. L'africaniste anglais Basil Davidson écrit :
"Leo décrivit Tombouctou alors que cette ville était la capitale culturelle de l'Empire de Songhaï. Du temps de Leo, des villes comme Tombouctou et Dienné avaient acquis une réputation de villes d'accueil pour les Savants et les Études. Des érudits musulmans s'y rendaient pour ajouter à leur esprit plus de Savoir. Les hommes de lettres africains auraient pu prendre leurs doctrines au Caire mais leurs idées étaient bien propres. Ils réunissaient autour d'eux des étudiants et des disciples, et écrivaient richement dans tous les domaines"... "Quelques uns de leurs travaux ont acquis une autorité presque classique et sont encore utilisés aujourd'hui..."... "Les bibliothèques de ces savants étaient à l'origine des remarques de Leo, qu'à Tombouctou le commerce des livres était une meilleure source de profit que n'importe quel autre commerce."(11)

C'était cela les "primitifs Nègres" que la "Mission Civilisatrice" voulait sauver du "cannibalisme". Et la relation de Leo Africanus concerne une époque où les élites de l'Europe commençaient seulement à prendre contact avec le Savoir. Aujourd'hui du Savoir nous en avons à en vendre. Mais comme fait justement remarquer Ch-A. JULIEN dans son avant-propos d'ESCLAVAGE ET COLONISATION par Victor Schoelcher au sujet du Ghana, du Mali et de Songhaï, "Il n'en est même pas question dans les grandes collections historiques françaises".

C'est un nom très glorieux que s'est donné Sékou Touré qui lutta pour l'Indépendance de son pays.
"Askia Muhammad Touré, Askia Le Grand, avait gouverné l'immense Empire ouest-africain de Songhaï au XVIe siècle, et fit de cette riche ville de Tombouctou un centre du Savoir."(12)

Askia Muhammad n'était pas un arabe venu de Bagdad ou du Caire pour "civiliser des primitifs", comme firent nos compatriotes venus d'Europe avec leurs mousquetons comme instruments de civilisation. Il était lui-même africain.

Mais il n'y eut pas que l'immense Empire Songhaï à être musulman en Afrique Noire durant le Moyen Age. De très nombreux petits États (Mombassa, Malindi, Mogadiche et autres) longeaient la côte Est de l'Afrique avant l'arrivée des premiers européens (les Portugais). Le plus brillant de tous ces États était KILWA, d'après toutes les descriptions faites par le géographe et voyageur tangerois Ibn Batouta au milieu du XIVe siècle comme celle ci-dessous :
"Kilwa est une des plus jolies et bien construites villes du monde. Son ensemble est bâti avec élégance."(13) écrivait-il.
L'archéologue anglais Neville Chittick découvrit en 1961 les splendeurs enfouies de cette ville, telles que les avait décrit Ibn Batouta(13).
Kilwa servait de trait d'union entre Afrique et Extrême Orient, d'où arrivaient en son port parfois des navires chinois.
"Lorsqu'en 1500 les Portugais atteignirent les premiers le port de Kilwa sous le commandement de Pedro Alvares Cabral, ils furent émerveillés par les maisons en pierre de corail, dont de très nombreuses à trois ou quatre étages 'comme en Espagne' rapporte un scribe qui accompagnait Cabral. Les Portugais étaient surpris de voir ce peuple. 'En ce pays il y a de riches marchands' écrivait ce scribe, beaucoup d'or, d'argent, d'ambre, de musc, et des perles. Les habitants sont habillés de vêtements en coton fin, en soie, et beaucoup de choses fines, et ils sont Noirs."(13)

Cette insistance sur le mot "Noirs" parce qu'il s'attendait à des "cannibales Nègres". Tellement sauvages qu'
"En 1413 Anselm d'Isalguier retourna à Marseille et à Toulouse, accompagné d'une princesse africaine qu'il avait épousée, et d'une suite de serviteurs africains parmi lesquels il y avait un médecin qui édifia le monde médical en France, pour avoir traité un personnage non moindre que le Dauphin."(14)

Mais aujourd'hui encore, sont très nombreux en Europe ceux qui croient sérieusement à la légende du "cannibalisme" en Afrique. Les caricatures représentant un missionnaire en train de bouillir dans un chaudron pendant que des Noirs dansaient autour, on en voyait encore avant la guerre de 1939-1945 dans maints et maints journaux.

Tous ces États musulmans de civilisation supérieure à celle de l'Europe d'alors étaient le fait d'une civilisation propagée par 1'Islam quoique sur un terrain qui n'était pas au départ en friche. L'Islam, au contraire de ce que l'Europe fit partout, au lieu de détruire la civilisation précédente, la syncrétisa. Chez-nous, de Vasco de Gama aux indépendances, la colonisation a connu des variations en brigandage, rien de plus.

Notre colonialisme d'Homme Blanc marcha sur les pas d'Alexandre Le Grand, porteur du flambeau de la même civilisation que nous pour, en fait, raser Persépolis après pillage(15) et continuer plus loin par pendre des Brahmanes afin de les "combler" des Lumières de l'Hellénisme. Tout cela en semant sur son passage en abondance des maisons closes et de la corruption.
La comparaison avec l'Islam n'est pas flatteuse pour nous en matière de "Kulturträger". La civilisation apportée aux peuples dits "primitifs" par l'Europe fut en fait l'extermination des Peaux-Rouges en Amérique du Nord par les Anglo-Saxons, l'abattage d'Amérindiens par les Espagnols pour donner à manger à leurs chiens(16), l'extermination des Khoï-Khoï en Afrique du Sud par les ancêtres de 1'Apartheid, les Huguenots franco-hollandais(17), l'extermination des indigènes d'Australie et Nouvelle Zélande.

Si l'on comparait l'Islamisation du Sud-Est asiatique (et de la Chine sur une tout petite échelle) par des pacifiques commerçants musulmans avec la "civilisation" portée par les soudards de l'Occident et de la Sainte Russie en ce coin du monde, nous n'avons pas non plus là de quoi être fiers. Des missionnaires catholiques et protestants, écrit Han Su Yin, rivalisaient de zèle pour "christianiser" des Chinois en achetant des enfants à des familles affamées, en se comportant en satrapes indignes de Celui qu'ils prétendaient servir, de Celui qu'on avait supplicié pour le punir d'avoir été le Christ des pauvres.

"Des prêtres et des évêques catholiques achetaient des villages entiers en temps d'inondations et famine, et exigeaient et obtenaient sous la menace d'actions militaires les meilleurs terrains dans les villes pour bâtir leurs Églises après en avoir évincé les habitant sans payer des compensations. Des prêtres catholiques formaient des bandes de milice en propre et se prétendaient d'un rang supérieur à nos magistrats. Des évêques étaient investis avec l'apparat et les pouvoirs de gouverneurs généraux. Ils se servaient de chaises à porteur (à huit porteurs !), tambour battant les précédant (18), et chacun devait s'arrêter de travailler à leur passage, rester débout et dérouler le bandeau de sa tête en signe d'obéissance à l'évêque sous peine d'être battu à coup d'épais bambous. Personne n'osait porter plainte en justice contre un prêtre ou un converti." (19)

Han Su Yin continue ainsi sur les missionnaires des six puissances de diverses confessions chrétiennes (Allemagne, Angleterre, Belgique, France, Russie et USA) qui s'étaient partagé la Chine et se faisaient la guerre entre elles sur le corps du malheureux peuple chinois, par généraux mercenaires chinois interposés (seigneurs de guerre). Quant aux orientations géographiques du dévouement des missionnaires, elles coïncidaient étrangement avec les intérêts stratégiques des puissances occupantes. Des sincères chrétiens se demandent aujourd'hui pourquoi la Mission chrétienne a subi en Asie un échec TOTAL devant la Mission musulmane.

Pour la qualité des Chinois convertis au christianisme dans ces conditions, répétons avec Han Su Yin qu'ils pouvaient commettre des délit sans que la justice chinoise puisse leur demander de comptes, car ils étaient protégés par les missionnaires comme "victimes de coutumes païennes".
Le Président de la Commission des Affaires Étrangères du Sénats des États Unis, J.W. Fulbright, dans son livre contre l'arrogance du Pouvoir de l'Homme Blanc, confirme Han Su Yin en écrivant :
"Les missionnaires jouissaient d'immunité vis à vis des lois chinoises et traitaient les Chinois de païens, en faisant exception pour les convertis, qui à leur tour proclamaient aussi leur immunité envers les lois, et se servaient du pouvoir que leur conférait leur collusion avec des étrangers pour intimider leurs concitoyens."(20)

Après tout cela, les prêtres et les évêques qui se rangent aujourd'hui sincèrement aux côtés du Tiers Monde font la MEA CULPA pour leur Église. Le sénateur américain J.F. Fulbright écrit encore :
"Il serait difficile d'imaginer un objectif de guerre plus immoral que celui de la guerre de l'Opium de 1839-1842."(20)

L'objectif de cette guerre, sous le Haut Patronage de Sa Gracieuse Majesté Britannique, la Reine Victoria, était de venir en aide à ses sujets britanniques trafiquants d'opium pour obliger les Chinois à leur acheter leur poison. Après les Peaux-Rouges, après les Noirs c'était au tour des "Jaunes" de se faire civiliser :
"...l'Occident allait se déshonorer une fois de plus, en envahissant le territoire céleste, avec, en guise de bouquet, le pillage et l'incendie du prestigieux Palais d'été de Pékin.

- Et alors ?

Alors, le crachat du grand père retombe, au besoin, sur le nez du petit fils. La guerre de l'Opium fut un crime des mercantis blancs contre les peuples jaunes. Le crime ne paie pas toujours, mais je crois que toujours il se paie. Les balles tirées par les soldats de l'Opium et que l'on croyait depuis longtemps perdues, reviennent vers l'Occident. Si elles ne sifflent plus, c'est simplement parce que depuis cent trente ans, elles ont suivi le progrès. Ce ne sont plus des balles, ce sont des seringues."(21)

Ces seringues, son Oméga ! C'est tout ce que la Civilisation Occidentale est en mesure aujourd'hui d'offrir à sa jeunesse en guise d'Idéal, à moins qu'elle ne réinvente de nouvelles guerres ! Pour éviter cette guerre de l'Opium, le commissaire impérial chinois Li Tsé Hsü avait adressé à celle qu'il croyait être la brave Reine Victoria, l'appel pathétique suivant :
"Permettez-nous de vous demander où est votre conscience ? J'ai appris que fumer de l'Opium est très strictement interdit en votre pays ; pour la raison que le mal causé par l'Opium est clairement démontré. Puisqu'il n'est pas permis de faire du mal à votre propre pays vous devriez encore moins laisser faire de mal à d'autres peuples."(22)

Naïf commissaire impérial, naïf Chinois ! À qui croyait-il avoir à faire avec son "ENCORE MOINS". Chinois d'alors. Ceux d'aujourd'hui ont appris à nous connaître. Et depuis qu'ils expulsèrent de leurs terres l'Homme Blanc il n'y a plus d'Opium en Chine, plus de famine, plus d'inondations. Enfin, plus d'Homme Blanc, la pire des calamités !

Mais la Chine fut quand même un grand champ d'expérience pour juger du sens de la Parabole La Paille et La Poutre. A six on s'était jeté sur son corps - Le Portugal, comme une exception à la règle, n'y a pas fait beaucoup de dégâts dans son coin à Macao. Ces six l'ont piétinée, humiliée(23), ensanglantée, déchiquetée, comme des fauves. Et c'est en fin de compte, le retardataire en pillage Guillaume Il qui sonna l'alerte contre le "PERIL JAUNE". Des imbéciles y ont cru, et des malins ont fait semblant d'y croire.

BASILE Y.

1/. Comme il y avait en Algérie avant que le noble Duc d'Isly, général Bugeaud de la Piconnerie, "pacifie" le pays d'Abd-El-Kader. Après 130 ans d'occupation, à l'indépendance 95% des Algériens étaient analphabètes. Des Universités il y en avait, mais elles étaient pour la "race supérieure".
2/. Les Européens faisait baptiser leurs "Nègres" pas principalement pour en faire des coreligionnaires, mais pour leur enseigner que ce n'est qu'au Ciel que leur martyr prendrait fin.
3/. Pour les Lois du Coran sur l'esclavage voir "Et l'Islam devint pluri-culturel" et "Comparaisons sur l'esclavagisme".
4/. Pas comme au Congo "belge" du roi Léopold II de Belgique voir "Les fossoyeurs de l'Hellénisme".
5/. Dans nos écoles n'étudiaient qu'une poignée de collaborateurs à notre colonialisme.
6/. Sayyid Fayyaz Mahmud, A SHORT HISTORY OF ISLAM, Oxford University Press 1960, traduction allemande, GESCHICHTE DES ISLAM, Goldman Verlag, 1964, page 557.
7/. La corruption des chefs de tribus africaines et des Peaux-Rouges avec du Rhum ou du Whisky faisait partie de la panoplie civilisatrice de l'Homme Blanc.
8/. T. Arnolt, ISLAM AND MISSIONS, page 411, cité par Sayyid Fayyaz Mahmud, A SHORT HISTORY OF ISLAM, Oxford University Press 1960, traduction allemande, GESCHICHTE DES ISLAM, Goldman Verlag, 1964, page 558.
9/. Ce Lord anglais fut un des plus grands brigands colonialistes d'Afrique du Sud ; tueur d'Africains et gangster diamantaire. On l'immortalisa en souillant le nom de Zimbabwe pour l'appeler Rhodésie (depuis les Africains ont rendu le nom d'origine à leur pays).(H. J. & R. E. Simons, CLASS AND COLOUR IN SOUTH AFRICA, London 1969, pages 31 à 59).
10/. Deux officiers coloniaux allemands qui se comportèrent comme des bourreaux en Afrique du Sud-Ouest, suivant l'exemple de leur compatriote Carl Peters, massacreur de Bantous et de Wagogos, en l'Afrique de l'Est.(Endre Sik, HISTOIRE DE L'AFRIQUE NOIRE, 1962, tome I, pages 348-349).
11/. Basil Davidson, AFRICAN KINGDONS, New York 1971, page 84.
12/. Basil Davidson, AFRICAN KINGDONS, New York 1971, page 79.
13/. Basil Davidson, AFRICAN KINGDONS, New York 1971, page 88.
14/. Basil Davidson, AFRICAN KINGDONS, New York 1971, page 85.
15/. Après avoir fait table rase de tous les trésors culturels qui étaient supérieurs à ceux de l'Hellade, il fallut aux vandales d'Alexandre Le Grand vingt mille Mules et trois mille chameaux pour transporter leur butin, en route vers d'autres pillages.
16/. Voir "Les fossoyeurs de l'Hellénisme".
17/. H. J. & R. E. Simons, CLASS AND COLOUR IN SOUTH AFRICA, London 1969, page 13.
18/. Cette "Chaise à huit porteurs" de l'évêque me rappelle une bien bonne que me racontèrent des Mexicains. Ça se passait sur le Zocalo de Mexico, juste devant la Cathédrale. Un Indien déambulait pieds nus et en guenilles, mais de silhouette majestueuse. Des touristes américains, intrigués par son allure altière, demandèrent à leur guide qui pouvait bien être cet homme à la si noble allure et en guenilles. Le guide leur répond sans hésiter : "C'est le Christ, Ladies and Gentlemen". Au même instant s'arrête devant la Cathédrale une énorme Cadillac "De Luxe", d'où descend l'Archevêque de la ville, et autour duquel tout le monde s'empresse. Les touristes demandent de nouveau à leur guide qui serait ce grand personnage si entouré d'honneurs. "C'est le serviteur du Christ" répond encore le guide...
19/. Han Su Yin, THE CRIPPLED TREE, éditions Jonathan Cape, Londres 1970, pages 63 et 64.
20/. J.W. Fulbright, THE ARROGANCE OF POWER, Penguin 1970, page 141.
21/. LE CANARD ENCHAINÉ, article de Jérôme GAUTHIER, numéro du 2 Février 1972.
22/. Ssu Yu Teng & John K. Fairbank, CHINA's RESPONSE TO THE WEST, (a documentary survey 1839-1923), Ateneum, New York 1971, page 25.
23/. Des Parcs à Shanghai étaient "INTERDITS AUX CHIENS ET AUX CHINOIS", et les Chinois n'avaient pas le droit chez eux de voyager en première classe sur les transports fluviaux.

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Mohamed ZEMIRLINE