Affichage des articles dont le libellé est Constantinople. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Constantinople. Afficher tous les articles

dimanche 24 mai 2015

Constantinople: Conquête par les turcs 1453. Wikipédia


CHUTE DE CONSTANTINOPLE

CONQUETE PAR LES TURCS


Le siège de Constantinople en 1453 – miniature réalisée à Lille en 1455
(Manuscrit de Bertrandon de la Broquière, BNF, MS fr. 9087, f. 207v).

La chute de Constantinople a eu lieu le 29 mai 1453, lors de la prise de la ville par les troupes ottomanes conduites par Mehmed II. Elle marque la disparition de l’Empire byzantin, et donc la fin définitive de l'Empire romain en tant qu’entité juridique.
Le siège qui débute au début du mois d’avril 1453 intervient alors que la situation de Byzance s’est considérablement dégradée lors des siècles précédents. En 1453, l’empire se réduit aux alentours de Constantinople et au Péloponnèse et il n’est plus en état de résister à la puissance montante qu’est l’Empire ottoman à cette époque. Ce dernier a déjà assiégé Constantinople à deux reprises sans résultats mais contrôle l'Anatolie et une grande partie des Balkans. Malgré de multiples appels à l’aide des Byzantins en direction de l’Occident, seules quelques rares troupes italiennes combattent aux côtés des 5 000 défenseurs byzantins conduits par l’empereur Constantin XI. Ces 7 000 à 8 000 hommes sont largement surpassés en nombre par les 80 000 à 100 000 soldats ottomans soutenus par une flotte de plus de 120 navires. Après avoir résisté à plusieurs assauts, les Byzantins finissent par céder le 29 mai 1453. S’ensuit un large pillage de la ville puis l’entrée de Mehmed II dans la cité. Il gagne à cette occasion l’épithète de Fatih (le Conquérant) et fait de Constantinople la nouvelle capitale de son empire qui entre dans sa période faste.

Au-delà de la fin d’un empire déjà moribond, la chute de Constantinople a un impact profond sur le monde et notamment en Occident. Héritier de l’Empire romain, traditionnel rempart à l’expansion musulmane en Orient, l’Empire byzantin laisse derrière lui un vide important. Cependant, malgré son déclin politique, l’empire connaît lors de ses dernières années d'existence un profond renouveau culturel dont les principaux représentants comme Jean Bessarion ou Manuel Chrysoloras émigrent peu à peu en Italie et dans le reste de l’Europe à mesure que l’Empire byzantin s’étiole.

De nombreux historiens, dont Jules Michelet, ont estimé que la chute de Constantinople constitue une vraie rupture marquant la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance. Toutefois, cette vision est de plus en plus remise en cause et les historiens modernes considèrent plutôt la chute de Constantinople comme une étape dans le processus de transmission du monde grec vers le monde latin, conduisant à la Renaissance.

samedi 23 mai 2015

Constantinople, la Basilique Sainte Sophie. Wikipédia


LA BASILIQUE SAINTE SOPHIE
CONSTANTINOPLE



La basilique Sainte-Sophie (du grec Ἁγία Σοφία / Hagía Sophía, qui signifie
« Sainte Sagesse », « Sagesse Divine », nom repris en turc sous la forme Ayasofya) est une ancienne église chrétienne de Constantinople du VIe siècle, devenue une mosquée au XVe siècle sous l'impulsion du sultan Mehmed II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d'Istanbul. Depuis 1934, elle n'est plus un lieu de culte mais un musée. Son esplanade est à la mesure de la gloire de Byzance. Souvent surnommée la Grande Église, la basilique est dédiée au Christ, « Sagesse de Dieu », selon la tradition théologique chrétienne. La dédicace du sanctuaire est célébrée le 25 décembre.

CONSTANTINOPLE CONQUETE PAR LES CROISES 1204. mz


CONSTANTINOPLE CONQUETE

PAR LES CROISES



Prise de Constantinople. Par Palma le Jeune. Wikimédia

« Il est tragique que les assaillants, qui visaient à garantir le libre accès pour les chrétiens de Terre Sainte, se retournèrent contre leurs frères dans la foi. » Jean-Paul II en 2001.

En mars 1204, un traité conclu entre le doge de Venise Enrico Dandolo et les croisés, le Partitio terrarum imperii Romanie, décide par avance le partage de l’Empire byzantin. Lors de la quatrième croisade, Constantinople est prise et livrée au pillage les 12 et 13 avril. La population grecque est massacrée, les églises et les monastères profanés. La ville, pillée et en partie brûlée, est désertée par sa population qui ne reviendra qu’en 1261.
Le scandale est immense dans toute la chrétienté et de ce jour fatal date la véritable rupture entre la chrétienté orthodoxe d'Orient et la chrétienté catholique d'Occident.

Siège de Constantinople 717-718 par les arabes 01. Wikipédia


Siège de Constantinople


Bataille de Poitiers, en octobre 732
Le siège de Constantinople de 717-718 est souvent comparé à la bataille de Poitiers,
deux affrontements qui entravent l'expansion musulmane en Europe.

Le second siège arabe de Constantinople en 717-718 est un siège terrestre et maritime de Constantinople, la capitale de l'Empire byzantin, par les Arabes du Califat omeyyade. La campagne est le point culminant de trente ans d'attaques et d'empiètement par les Arabes sur les régions frontalières de l'Empire byzantin alors en plein désordre interne. Les Arabes dirigés par Maslama ben Abd al-Malik envahissent l'Asie Mineure byzantine en 716. Ils espèrent initialement exploiter la guerre civile en cours entre le général Léon l'Isaurien et Théodose III mais Léon parvient à mettre la main sur le trône avant le début du siège.

Après avoir passé l'hiver sur les côtes d'Asie Mineure, l'armée arabe passe en Europe et pénètre en Thrace au début de l'été 717. Elle construit des lignes de siège pour mettre en place un blocus de la cité, qui est protégée par les imposants remparts théodosiens. La flotte arabe qui accompagne l'armée et doit compléter le blocus par mer est neutralisée peu après son arrivée par la marine byzantine et son feu grégeois. Cela permet à Constantinople de continuer à être ravitaillée par mer tandis que l'armée arabe est frappée par la famine et la maladie au cours de l'hiver inhabituellement dur qui suit. Lors du printemps 718, les deux flottes arabes envoyées en renfort sont détruites par les Byzantins après que leur équipage chrétien a fait défection. En outre, une armée de soutien envoyée à travers l'Asie Mineure tombe dans une embuscade et est vaincue. Ces évènements, couplés avec l'attaque des Bulgares sur leurs arrières, forcent les Arabes à lever le siège le 15 août 718. Lors de sa retraite, la flotte arabe est presque totalement détruite par des tempêtes et des attaques byzantines.

L'échec de ce siège a des répercussions de grande envergure. Le sauvetage de Constantinople assure la survie future de l'Empire byzantin tandis que les perspectives stratégiques du califat sont perturbées. Bien que des incursions régulières sur les terres byzantines se poursuivent, l'objectif d'une invasion complète est abandonné. Le siège est aussi connu pour avoir arrêté l'avance musulmane en Europe et, de ce fait, il est souvent considéré comme l'une des plus grandes batailles de l'histoire.

vendredi 22 mai 2015

Siège de Constantinople 674-678 par les arabes. Wikipédia 2


Siège de Constantinople (674-678)


La Porte d'Or, la principale entrée des remparts de Théodose

Le premier siège de Constantinople par les Arabes entre 674 et 678 est une bataille majeure des guerres arabo-byzantines et le premier point culminant de la stratégie expansionniste du califat omeyyade contre l'Empire byzantin.
Muāwiya Ier, dirigeant l'empire musulman depuis 661 à l'issue d'une guerre civile, lance une offensive contre les Byzantins qu'il espère vaincre définitivement en prenant leur capitale, Constantinople.

Le chroniqueur byzantin Théophane le Confesseur rapporte que l'attaque arabe est méthodique : en 672 et 673, les flottes musulmanes sécurisent les bases d'Asie mineure puis mettent en place un blocus plus ou moins hermétique autour de Constantinople. Se servant de la péninsule de Cyzique près de la capitale byzantine comme base hivernale, elles attaquent chaque printemps les fortifications de la ville. Finalement, les Byzantins, dirigés par Constantin IV, parviennent à détruire la marine arabe grâce à l'utilisation d'une nouvelle arme secrète : le feu grégeois, une forme de liquide incendiaire. De plus, ils parviennent à vaincre l'armée des Arabes en Asie Mineure, ce qui contraint ces derniers à lever le siège. La victoire byzantine est d'une importance cruciale pour la survie de l'Empire byzantin, la menace arabe s'éloignant pendant quelques années. Un traité de paix est signé peu après et le déclenchement d'une nouvelle guerre civile parmi les Musulmans permet même aux Byzantins de reprendre, pendant quelque temps, l'ascendant sur le califat.

Le siège laisse plusieurs traces dans les légendes du monde musulman naissant, bien qu'il se mêle aux récits d'une autre expédition menée contre la ville quelques années auparavant par le futur calife Yazid Ier. En conséquence, la véracité du récit de Théophane est mise en doute par plusieurs universitaires contemporains, qui lui préfèrent des sources arabes et syriaques.

Siège de Constantinople 674-678 par les Arabes. Wikipédia


Siège de Constantinople (674-678)

Les récits des évènements diffèrent, selon les chroniques byzantines qui sont plutôt rares et celles des historiens arabes.
Quels que soient les événements qui se sont véritablement déroulés, on relève que les arabes avaient toujours cherché à « récupérer » ou peut être neutraliser Constantinople.

Il ne pouvait s’agir d’un projet de conquête, L’Islam interdisant toute agression.
Si les historiens byzantins ne donnent pas suffisamment les raisons de ces attaques ou répliques arabes, il est bon de rappeler qu’il s’agissait plutôt d’une guerre prolongée contre le puissant empire romain qui occupait toutes ces régions jusqu’en Egypte pour ne pas dire, toute l’Afrique du Nord. Il exigeait le paiement de lourds tributs et maintenait sa présence par la création et l’entretien de guerres civiles et des guerres entre pays voisins avec des frontières modifiées en conséquence.

Tout simplement, le mode de colonisation qui perdure jusqu’à aujourd’hui et de la part pratiquement des mêmes agresseurs. Agresseurs qui n’ont jamais pu comprendre les rudiments de la vie sur Terre…
Conduites par la cupidité des seigneurs qui colonisent mais asservissent aussi leurs propres peuples.

Voilà, les historiens ont tout écrit en se donnant tant de mal et chacun selon sa direction ou « directives », mais l’histoire s’est écrite d’elle-même et a pu éliminer les Histo-Riens !

mercredi 20 mai 2015

Mohammed Al-Fatih. alfutuhat.com


MOHAMMED AL FATIH
Mehmed II. 1432 – 1481
La Conquête de Constantinople



Après la mort du sultan Mourad II, il fut succédé par son fils Muhammad II pour la troisième fois alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’année. La première chose à laquelle il pensa lorsqu’il devint sultan, fut de conquérir la ville de Constantinople, espérant réaliser la la prophétie de la bonne nouvelle annoncée par le Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) et qui ne s’était toujours pas concétrisé : « ‘AbdAllah Ibn Bishr al-Khath‘amī a rapporté de son père qu’il a entendit le Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui dire : « Constantinople sera conquise. Quel excellent commandant que son commandant (celui qui la conquira) et quelle excellente armée que cette armée. » Mousnad de l’Imam Ahmad, Hadith 18189

 

Le sultan Muhammad II vit que son grand-père, Bayazid I, avait construit à cette intention particulière, une forteresse sur le littoral asiatique du Bosphore, qu’il appela Anadolu Hisari, la Forteresse d’Anatolie.

Cette forteresse fut construite au point le plus étroit du Détroit du Bosphore et Muhammad construisit donc à son tour une forteresse qu’il appela Rumeli Hisari, c’est-à-dire la Forteresse de Rumeli (Roumélie). L’intention derrière cela était d’obtenir le contrôle total du Bosphore. Ce fut le sultan Muhammad lui-même qui en dessina les plans la forteresse fut bâtie par par l’architecte Mouslih ad-Din Agha et 7.000 travailleurs qui achevèrent la tâche en quatre mois. La forteresse avait une forme triangulaire et ses remparts faisaient 20 pieds (6,1 m) d’épaisseur. Dans chaque coin  se trouvait une large tour couverte de plomb, et dont l’épaisseur était 32 pieds (9,7 m).

Mohammed Al-Fatih. Wikipédia


Mehmed II



Mehmed II par Gentile Bellini. vers 1480. Wikimedia

Le sultan Mehmet II le Conquérant ou Mehmed II Fatih1 (en turc : Fatih Sultan Mehmet Han) fut le 7e sultan de l'empire ottoman.

Il était le quatrième fils de Mourad II2. Il serait né le 30 mars 1432 à Edirne3 de Huma Hatun.

C'est la prise de Constantinople en 1453 qui lui valut son surnom de « Fatih » (Conquérant). Il régna à deux reprises (entre 1444 et 1446 puis entre 1451 et 1481) ; dans l'intervalle, c'est son père Mourad II qui reprit le pouvoir. C'était un homme vigoureux et un chef militaire redoutable.

Il était curieux de littérature et des beaux-arts, écrivit des poèmes en turc et en grec; composa des chansons, il s'intéressait à la philosophie et aux sciences, à l'astronomie en particulier. Il fit venir à Constantinople des artistes italiens, dont Gentile Bellini qui fit de lui un portrait célèbre. Il avait appris plusieurs langues, dont le latin et le grec ancien.

Il mourut le 3 mai 1481 à Gebze. Son fils Bayezid lui succéda.

Il eut sept épouses, une fille et quatre fils : Mustafa, Bayezid, Cem (ou Jem/Djem) et Korkut.


SOMMAIRE


Biographie


Premier règne


Fils cadet de Mourad, Mehmed eut une enfance et une instruction difficiles4. Il devint l'héritier du trône à la mort de son frère aîné Alaeddin en 1444. Pour des raisons mal connues, Mourad II abdiqua en sa faveur en juillet ou août de la même année5 et se retira à Manisa.

Le court règne de Mehmed fut agité, sur les plans intérieur et extérieur. Le gouvernement était partagé entre la faction du grand vizir Çandarlı Halil, homme de confiance de Mourad mais qui entretenait de mauvaises relations avec Mehmed, et d'autre part les autres vizirs plus proches du jeune sultan5. Des mouvements populaires provoquant un incendie à Edirne suivirent la prédication d'un derviche hurufi, protégé par Mehmed contre le grand mufti et Halil6.

En 1446, Halil Pacha fomenta une révolte des janissaires qui remirent Mourad II au pouvoir jusqu'à sa mort en 1451. Au printemps 1448, Mehmed participa aux côtés de son père à une campagne infructueuse contre Skanderbeg7.

Accession au trône


Mehmed monta sur le trône le 18 février 1451, dans des circonstances troublées (présence du prétendant Orkhan à Constantinople, opposition des janissaires, mauvaises relations avec le grand vizir Çandarlı Halil). Le nouveau sultan adopta une politique prudente de conciliation : il maintint Halil au poste de grand-vizir, et fut le premier sultan à accorder aux janissaires un don de joyeux avènement8. En conquérant l'émirat de Karaman en mai et juin 1451 et en renouvelant les traités de paix avec Venise en septembre et avec la Hongrie en novembre de la même année, Mehmed montrait ses qualités de stratège comme militaire et comme diplomate.

Le siège de Constantinople


Dès le début de son règne, Mehmed II se concentra sur le projet de faire de Constantinople la capitale de son pays. Il avait conscience que posséder Constantinople serait une source de richesses et qu'ainsi il aurait le contrôle du commerce vers la mer Noire dans un sens et vers la mer Méditerranée dans l'autre sens. Lorsqu'il fit part de son projet, la majorité du divan et en particulier le grand vizir Halil Pacha, critiqua le sultan parce qu'il surestimait ses capacités.

Un saxon nommé Orban fabriqua de nouveaux canons gigantesques qui allaient jouer un rôle important dans la prise de la ville.

La forteresse de Roumélie
(Rumeli Hisarı)

En 1452, Mehmed fit construire sur la rive européenne une forteresse en face de celle que Bayezid Ier avait construite sur la rive asiatique. Ce château fut appelé forteresse de Roumélie (Rumeli Hisarı) tandis que celle de Bayezid Ier s'appelait forteresse d'Anatolie (Anadolu Hisarı). Au cours de ces préparatifs, il renouvela les traités de paix signés avec la Serbie et la Valachie et signa un nouveau traité de paix avec la Hongrie.

De son côté, l'Empire byzantin se préparait en accumulant des réserves de nourriture pour un long siège. L'empereur Constantin XI Paléologue fut inquiet en apprenant la construction de la forteresse de Roumélie à proximité de la ville. Il voulut demander l'aide du pape. Ce dernier mit comme condition à cette aide l'unification des deux Églises catholique et orthodoxe. Mais les rivalités entre les hommes religieux amenèrent l'empereur à abandonner tout espoir d'une nouvelle croisade pour lui venir en aide.
Une fois les préparatifs terminés, Mehmed envoya un message à l'empereur byzantin l'invitant à se rendre. L'empereur Constantin XI rejeta cet ultimatum. En avril 1453, Mehmed assiégea la ville, détruisant tout aux environs et enfermant la population dans ses murs.

Le 19 avril deux tours sur roues furent construites pour pouvoir franchir les murailles légendaires de la ville. La bataille devint sanglante et Mehmed se rendit compte que tant que sa marine n'entrait pas en jeu, la ville pourrait continuer à être soutenue par les navires vénitiens et génois. Il fallait trouver un moyen de pénétrer dans la Corne d'Or mais celle-ci était bien défendue à son entrée par un système de chaînes. Il imagina alors de tirer les bateaux à terre sur la rive européenne et de les faire entrer par l'extrémité de la Corne d'Or (22 avril 1453). La marine ottomane se trouva ainsi au milieu de la ville et elle put bombarder ses murs depuis l'intérieur.
Le mardi 29 mai 1453, l'attaque finale fut lancée (cf. la chute de Constantinople). Plusieurs vagues successives furent repoussées mais les régiments turcs parvinrent au bout de quelques heures à pénétrer dans la ville et Constantin XI périt dans la bataille. À midi, au terme d'une lutte héroïque de part et d'autre, la capitale était prise. L'Empire romain d'Orient, État vieux de 1125 ans, s'était écroulé. Mehmet II entra dans Constantinople dans l'après midi du 30 mai 1453 et mit fin au pillage de la cité avant la fin des trois jours habituellement accordés aux soldats8. Il effectua la prière du midi dans la Basilique Sainte-Sophie, qui marqua sa transformation en mosquée.

Entrée de Memed II dans Constantinople
(Peinture de Fausto Zonaro (1854 - 1929))

Finalement, Constantinople devint capitale de l'Empire ottoman. Le premier décret du sultan après la prise de la « Nouvelle Rome » fut de repeupler la ville morte. Il autorisa donc l'installation de civils, y compris chrétiens, dans la ville, à qui il laissa une relative liberté de culte, marquée par l'intronisation à la tête de l'Église grecque orthodoxe d'un nouveau patriarche, Gennadios, connu pour ses positions anti-unionistes ; il instaura aussi un patriarcat arménien apostolique en 1461. Il se fit appeler Kayser-i Rum: l'empereur romain.

En 1462, il lança la construction du palais de Topkapı.

S'étant présenté comme seigneur des combattants de la foi, il œuvrait dans sa conquête pour acquérir une légitimé au yeux du reste du monde musulman. Les chroniqueurs le qualifient régulièrement de gâzi des gâzis, de champions de la guerre sainte, etc15.

La conquête des Balkans


Mehmed II annexa ce qui restait du despotat vassal de Serbie après la chute de la forteresse de Smederevo en 1459. Le royaume de Bosnie fut incorporé à l'Empire après la mort du roi Étienne Tomašević en 1463.

La conquête des territoires albanais se révéla plus difficile. Skanderbeg, fédérant d'autres seigneurs de guerre, repoussa à deux reprises les armées ottomanes, en 1466 et 1467. Après son décès en 1468, ses partisans parvinrent à contenir les armées ottomanes jusqu'en 1480.

Conquête des vestiges de l'Empire byzantin


En 1460, Mehmed II fit la conquête définitive du despotat de Morée, où régnaient les deux frères de Constantin XI, Démétrios et Thomas. Démétrios se soumit rapidement au sultan qui lui donna une somme importante et quelques îles de l'Égée en apanage, tandis que Thomas s'enfuit avec ses enfants en Occident.

Guerre en Anatolie


En 1461, Mehmed II se tourna vers l'Anatolie. Il conquit la principauté djandaride et l'Empire de Trébizonde en août 1461.

En 1464, Ibrahim le bey de Karaman mourut, et sa succession fut disputée. Deux frères s'opposaient. L'un, Ishak avait obtenu le soutien de Uzun Hasan sultan des Akkoyunlu (clan des « Moutons Blancs »), l'autre, Pir Ahmed reçut le soutien de Mehmed. Pir Ahmed commit l'erreur de chercher un arrangement avec les Vénitiens, Mehmed considéra que c'était une trahison. Il partit en campagne et conquit Konya et Karaman. Pir Ahmed se réfugia chez les Akkoyunlu. L'armée ottomane et l'armée des Akkoyunlu s'affrontèrent près de Otlukbeli le 11 août 1473 : l'armée ottomane, la mieux équipée de l'époque, écrasa ses adversaires.

Conflits avec les Hongrois et les Moldaves


Articles connexes : Bataille de Vaslui, Bataille de Valea Albă et en:Battle of Breadfield.

Conquête de la Crimée


L'objectif de Mehmed II était alors de contrôler le bassin de la mer Noire et de supprimer la suprématie vénitienne et génoise sur la région. En 1475, il conquit les colonies génoises de Crimée, installant l'Empire ottoman au nord de la mer Noire en en faisant un lac turc. Cela lui donna le contrôle du trafic d'esclaves et de la route de la soie.
Ayant pris le contrôle des routes commerciales, Mehmed II fit construire de nouveaux ports et une flotte pour pouvoir concurrencer Venise et Gênes dans le commerce maritime.

Dernières conquêtes


En 1477, il se dirigea sur la côte Est de l'Adriatique pour y prendre quelques îles aux Vénitiens et obtenir un traité de paix avec Venise en 1480. Un de ses vizirs, Gedik Ahmed Pacha prit pied en Italie et conquit Otrante.

Mort


Alors qu'il se rendait vers l'Orient pour une nouvelle campagne militaire, Mehmed mourut sur la route le 4 mai 1481, peut-être empoisonné à l'instigation de l'ordre des derviches Halvetî et de son fils Bayezıd 16.

Après sa mort, ses deux fils Bayezıd (appelé Bajazet par les Européens), l'aîné, et Djem (appelé Zizim) se disputèrent le pouvoir. Défait à deux reprises, Djem se réfugia en Occident où il mourut en 1495 dans des conditions jamais élucidées.


Bilan du règne


Mehmed fut principalement un homme de guerre qui augmenta à la fois sa flotte et son armée, dont il fit l'une des plus redoutables d'Europe. Il renforça le pouvoir personnel du sultan en écartant la famille Çandarlı et en nommant ses esclaves au poste de grand vizir, en mettant au pas les familles de beys des frontières. Il réorganisa l'empire en dotant les non-musulmans d'une hiérarchie centralisée, en faisant d'Istamboul une capitale puissante, en édictant un célèbre recueil de lois (kânûnnâme) 17.

Pour financer ses nombreuses campagnes militaires, il pratiqua une politique de dévaluation de la monnaie ainsi qu'une réforme de la propriété qui lui valurent l'hostilité des ordres religieux ainsi qu'une certaine impopularité 18.

Il laissa ainsi à sa mort un empire plus vaste et plus puissant, mais une armée fatiguée, une situation économique précaire, un peuple mécontent et une élite irritée et divisée ; cette situation fut l'une des causes de la guerre civile qui s'ensuivit 19.


Références


    ↑ fatih, de l'arabe فَاتِح fātiḥ, conquérant; victorieux
    ↑ Halil İnalcık: Mehmed II. dans: Türkiye Diyanet Vakfı İslâm Ansiklopedisi. Band 28, TDV Yayını, Ankara 2003, S. 395–407.
    ↑ Babinger, Mehmed der Eroberer, Piper Kitabevi, Münih 1987, s.8
    ↑ Vatin 1989, p. 81
    ↑ a et b Vatin 1989, p. 76
    ↑ Vatin 1989, p. 77
    ↑ Vatin 1989, p. 78
    ↑ a et b Vatin 1989, p. 88
    ↑ (en) James Smalls, Homosexuality in Art, Parkstone International, (2012), 277 pages, p. 134, ISBN 978-1-7804-2952-6
    ↑ (en) Marios Philippides, Walter K. Hanak, The Siege and the Fall of Constantinople in 1453: Historiography, Topography, and Military Studies, Ashgate Publishing, Ltd., (2011), 759 pages, p. 256, ISBN 978-1-4094-1064-5
    ↑ (en) George Haggerty, Bonnie Zimmerman, Encyclopedia of Lesbian and Gay Histories and Cultures, Garland Science, 2003, p. 1385 : « When Mehmed II captured the city in 1453, his troops were dispatched immediately to capture the most beautiful boys of the Christian aristocracy for him. »
    ↑ Philip Mansel, Constantinople, Hachette, 2011 (544 pages), p. 47 : « Like the city itself, he [Mehmed II] was a collection of contrasts: cruel and gentle, ruthless and tolerant, pious and pederast. »
    ↑ a et b (en) Wayne R. Dynes, Stephen Donaldson, Asian Homosexualities, Taylor & Francis (1992), 368 pages, p. 28
    ↑ Thierry Ganchou, « Le rachat des Notaras après la chute de Constantinople ou les relations « étrangères » de l'élite byzantine au XVe siècle », dans Michel Balard et Alain Ducelier, Migrations et diasporas méditerranéennes (Xe siècle-XVIe siècle siècles), Paris, Publications de la Sorbonne,‎ 2002 n.27 p.155 (lire en ligne [archive])
    ↑ Henry Laurens, John Tolan et Gilles Veinstein, Europe et l’Islam (L'): Quinze siècles d’histoire, Odile Jacob,‎ 2009, 482 pages p. (ISBN 2738122191), p.191-p,192
    ↑ N. Vatin, L'ascension des Ottomans, in Histoire de l'Empire ottoman, p 103 et 105
    ↑ N. Vatin, L'ascension des Ottomans, in Histoire de l'Empire ottoman, p 103-104
    ↑ N. Vatin, L'ascension des Ottomans, in Histoire de l'Empire ottoman, p 104-105
    ↑ Vatin 1989, p. 105


Bibliographie


- André Clot, Mehmed II : le conquérant de Byzance (1432-1481), Paris, Perrin,‎ 1990, 331 p. (ISBN 978-2262007195)
- (en) John Freely, The Grand Turk : Sultan Mehmet II-Conqueror of Constantinople and Master of an Empire, Overlook Press,‎ 2010, 265 p. (ISBN 978-1590204009)
- Franz Babinger, Mehmed der Eroberer, Piper Kitabevi, Munich, 1987
- Olivier Weber, Le grand festin de l’Orient, Robert Laffont, 2004.
- Nicolas Vatin, « L'ascension des Ottomans », dans Robert Mantran, Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard,‎ 1989

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mehmed_II


Mohamed ZEMIRLINE

Mohammed Al-Fatih. ascm-orly.fr


Sultan Muhammad Al-Fatih



...Et la prise de Constantinople

Il y a, dans l’histoire de chaque civilisation, des personnages, qui à travers leurs actions ou leurs propos, sont élevés au rang de véritables héros. Ces derniers permettent une véritable communion de tout un peuple, bien des siècles plus tard. Le Sultan Muhammad II dit Al-Fatih (le conquérant) fait partie de ces personnes. Il est parmi les plus célèbres sultans de cette longue dynastie ottomane. Arrêtons-nous quelques lignes sur son histoire…

7e sultan de l’empire ottoman, il est un des fils du Sultan Mourad 2. Il naquit le 1 avril 1432 dans la ville d’Edirne, partie occidentale de la Turquie actuelle. Etant enfant il reçut une éducation rigoureuse. En plus du savoir religieux, il apprit le Grec et le Latin. On dit de lui qu’il parlait couramment sept langues. A l’âge adulte, il fut un grand chef politique et militaire doté d’une curiosité pour l’art, les sciences et la philosophie.

Il accéda au pouvoir en 1444, par la volonté de son père alors qu’il n’avait que 15 ans. Voyant que la tâche était trop lourde, Mourad 2 reprit le trône sous la pression des janissaires. En effet, Muhammad Al-Fatih dut affronter des crises importantes. Le roi d’Hongrie, Ulaszlo 1er, en profita pour lancer une expédition traversant le Danube en septembre 1444. La peur de cette invasion incita Mourad 2 à reprendre les choses en main. Il remporta la victoire contre les Hongrois en novembre 1444, ramenant la stabilité à Edirne. Al-Fatih ne remontra définitivement sur le trône qu’à la mort de son père en 1451.



Chute et fin de l’Empire romain d’orient


Muhammad Al-Fatih, entre définitivement dans l’histoire le 29 mai 1453, lorsqu’il conquit Constantinople, date qui sonna le glas pour l’Empire Byzantin. D’ailleurs, c'est de cet événement que le surnom de "Al Fatih" lui sera attribué.

A son arrivée au pouvoir, il fait de la prise de Constantinople son objectif principal. Pour cela, il s’assure de la neutralité de Venise et de la Hongrie en signant des accords de paix. Puis il entame la fabrication d’immenses canons qui serviront lors de la prise de la ville. Aussi, il fait construire la "forteresse de Roumélie" sur la rive occidentale du Bosphore contrôlant ainsi le détroit. Cette nouvelle forteresse permettra notamment de bloquer tout type d’approvisionnement et de renfort militaire à destination de Constantinople.
L’Empire byzantin, comprenant la menace, accumula des stocks de vivre.L’empereur Constantin XI protesta contre la construction de ce fort mais en vain. Le sultan lui propose même de se rendre mais il décline cette invitation.

Le 5 avril 1453 commence le siège de la ville. Le bombardement des murs de la ville est intense. La population se trouve dans l’obligation de s'enfermer à l’intérieur des murs. Les combats s’accentuent de toute part, mais le sultan comprend rapidement qu’il ne remportera définitivement la victoire que si ses forces navales interviennent. En effet, Constantinople reçu de l’aide de la part des vénitiens et des génois.


Il décide alors de faire passer 70 navires par voie terrestre pour accéder directement à la "Corne d’Or", port stratégique de Constantinople. La pression s’accentue donc sur Constantinople mais les Byzantins se défendent farouchement. Le moral des turcs commence également à faiblir, vue les pertes humaines importantes. L’état-major ottoman décide tout de même de continuer le siège et de rependre les bombardements. Le mardi 29 mai 1453, l’assaut final est lancé. L’armée ottomane accède à l’enceinte de la ville très rapidement. L’empereur Constantin XI y laissa la vie.

Il s’en suit un pillage important de la ville par les régiments ottomans et de nombreux habitants sont faits prisonniers dans le but d’obtenir des rançons. On parle d’ailleurs de 50 000 prisonniers. Le sultan met fin au pillage le soir du 29 mai. Le vendredi 1er juin, il effectuera la prière rituelle au sein de la Basilique Sainte Sophie.

Constantinople devient la nouvelle capitale de l’empire ottoman. La prise de la ville est un véritable coup de tonnerre dans les esprits de l’époque, pensant que ses remparts étaient imprenables. Même si certains souverains parlent rapidement de croisade à l’instar du Pape Nicolas V, l’idée est très vite abandonnée.

Le sultan décède le 3 mai 1481 à Gebze. A la suite de sa mort, une lutte pour le pouvoir entre ses fils Bayezid et Djem éclate. C’est finalement Bayezid qui succédera à son père.

A noter, un film turc sorti en 2012, relatant la prise de Constantinople par les troupes ottomanes. C’est la production cinématographique turque sur l'histoire qui a necessité le plus gros budget.

Légendes:

Image 1: Le Sultan sentant une rose,peinture du XVeme siècle extraite du Sarai Album.
Image 2: Entrée du Sultan dans Constantinople, peinture de Fausto Zonaro (1854-1929)
image 3: Carte des forces ottomanes et byzantine lors du siège
image 4: Le passage de la flotte dans la Corne d'Or, peinture de Fausto Zonaro (1854-1929)

Sources :

http://www.universalis.fr/encyclopedie/mehmed-mehmet-2
http://www.theottomans.org/english/family/mehmet2.asp
Edward Gibbon, La Chute de Constantinople, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2011

Source :
Copyright © 2009 - www.ascm-orly.fr


Dr. Mohamed ZEMIRLINE

dimanche 10 mai 2015

La Croisade contre d'autres Chrétiens. Constantinople. Basile Y.



EUROPE ET MONDE ARABE
LES CROISADES

La Croisade contre d'autres Chrétiens


La Quatrième Croisade fut la Croisade des chrétiens contre d'autres chrétiens. Ce ne fut plus une «guerre sainte» de la Croix contre le Croissant mais d'une Croix contre une autre Croix. C'est le pape Innocent III, inspirateur de la Croisade contre les chrétiens «hérétiques» Albigeois qui prêcha la Quatrième Croisade «contre les Infidèles». En réalité cette croisade fut dirigée par une coalition des Occidentaux avec les Marchands de Venise contre les chrétiens de Byzance, leurs concurrents commerciaux. Elle eut comme prélude le massacre des habitants de la ville hongroise de Zara, dont le pillage eut pour résultat que les coalisés s'entrégorgèrent pour le partage du butin. Il n'y a pas de preuve plus «flagrante» des «grands élans idéalistes» des croisés que cette Quatrième Croisade.

Constantinople fut pour cette Croisade le théâtre de pillages, viols, massacres de chrétiens, incendies volontaires et profanation d'Autels d' Églises chrétiennes, sans précédant dans l'Histoire, comme écrit Sir Runciman. Voici en quels termes cet historien anglais exprime son indignation sur le comportement des croisés à la prise de la chrétienne Constantinople par d'autres chrétiens :

«La mise à sac de Constantinople est sans précédant dans l'Histoire. Durant neuf siècles la grande cité avait été la capitale de la Civilisation Chrétienne. Elle était pleine d'oeuvres d'art qui avaient survécu depuis la Grèce antique et des chefs-d’œuvre de ses exquis artisans.

Les Vénitiens savaient apprécier en effet la valeur de ces choses. N'importe où ils le pouvaient, ils mettaient la main sur les trésors et les amenaient pour orner les squares, Églises et palais de leur Ville. Les Français et les Flamands étaient par contre remplis du désir de destruction. Ils se jetaient dans les rues en foule hurlante. Dans les maisons ils s'emparaient de tout ce qui étincelait, détruisant tout ce qu'ils ne pouvaient pas amener ; ne faisant de pause que pour assassiner, enlever des femmes ou défoncer des portes de caves à vin pour se rafraîchir. Pas plus les Monastères que les Églises ou les bibliothèques ne furent épargnées. Dans Sainte Sophie même (la célèbre Basilique) des soldats ivres arrachaient des livres sacrés, des icônes et des ornements, pour les piétiner. Pendant qu'ils buvaient dans les récipients de l'Autel, une prostituée s'assit sur le trône du Patriarche pour chanter des chansons françaises ribaudes. Des Nones étaient enlevées de leurs couvents. On entrait et détruisait aussi bien les palais que les chaumières. Des femmes et des enfants blessés gisaient mourant dans les rues. Les pillages et les effusions de sang durèrent pendant trois jours, jusqu'à ce que la vaste et jolie ville devint un abattoir. Même les Sarrasins auraient été plus miséricordieux s'était écrié l'historien Niketas, avec raison.»(1)

Tout cela se passa le lendemain du jour où les croisés s'emparèrent de la ville et en devinrent les maîtres absolus ; Constantinople avait capitulé sans conditions. Malgré cela, le Doge Dandolo et les Francs, après s'être déjà partagé les dépouilles de l'empire byzantin sans se battre entre eux (2), donnèrent à leur soldatesque le feu vert pour la mise à sac. Ils avaient pourtant eu toute la nuit pour méditer sur la façon de se comporter envers leurs frères en Jésus Christ qui gisaient sans défense à leurs pieds :
«Il n'y eut jamais plus grand crime contre l'Humanité que la Quatrième Croisade. Elle détruisit et dispersa tous les trésors du passé que Byzance avait entassé avec dévotion, et blessa mortellement une civilisation qui était encore active et grande.»(3)

Ce fut cette IVème Croisade des «Chrétiens» qui anéantit l'Empire Byzantin et non le Sultan Mehmet Fatih, qui, en 1453, ne donna que le coup de grâce.
Jamais n'exista dans l'Histoire de l'Humanité une civilisation qui poussa sa soif de pillage au point de profaner ses propres Temples. L'Homme Blanc n'a-t-il pas mis à feu et à sang ce qui fut sa propre capitale spirituelle ? De même lorsqu'en 1527 la soldatesque du «Bouclier de la Santa Fé Catolica», Charles V, maltraita et mit en prison son Souverain Pontife Clément VII, viola les Nones et pilla les Églises de la Ville Eternelle ? Les hommes chargés par la Couronne d'Espagne de «christianiser» les Indiens n'ont-ils pas attaqué le 4 Mars 1530, à coup de lance, une procession de l'Église de Mexico défilant avec des Croix en Deuil et son évêque Fray D. Juan de Zumárraga à sa tête, pour protester contre les conquistadores de l'Antéchrist qui avaient prostitué en Amérique leur religion ? Et ces Croisés de la «Guerre Sainte» de l'Église-Maison de Sa Gracieuse Majesté Britannique, ces Drake, Hawkins et leurs bandes d'impitoyables pirates qui pillèrent et saccagèrent partout des Églises catholiques assassinant prêtres, femmes, enfants et vieillards pour mériter d'être anoblis par leur «Grande Reine Elizabeth» ?

Non, ils n'étaient ni Arabes, ni Mongols, ni Turcs, ni quelconques Asiates les créatures de l'Homme Blanc qui violèrent les fiancées du Christ dans leurs couvents à Constantinople. Un de ces Vandales, laissant son sabre (pour un instant), prit sa plume pour nous décrire lui-même, de sa main d'assassin, la mentalité et la «morale» de ses compères, ainsi que leur conception du christianisme occidentalisé (4). Geoffroi de Villehardouin, Maréchal de Champagne et Romania réunies, un des acteurs des massacres et mise à sac de Constantinople, à la fin du chapitre XII de sa Chronique (5), et après avoir énuméré les résidences que se choisirent les nobles chefs, écrit :
«le reste de l'armée s'éparpilla à travers la ville et gagna beaucoup de butin ; de si grande quantité que personne aurait pu estimer le montant de sa valeur. Il comprenait de l'or, de l'argent, des services de table, des pierres précieuses, du satin, de la soie, des manteaux de fourrures d'écureuil, de petit gris et d'hermine, et tout objet de choix que l'on puisse trouver sur cette terre. Geoffroi de Villehardouin déclare ici que, à sa connaissance, tant de butin n'a jamais été gagné en aucune cité depuis la création du monde.
Chacun prit quartier où il lui avait plu, et il ne manquait pas des fines demeures en cette ville. Aussi les troupes des Croisés et des Vénitiens étaient installées comme il faut. Ils s'en réjouirent tous, et remercièrent Notre Seigneur pour l'honneur et la victoire que leur accorda ; de sorte que ceux qui avaient été pauvres vivaient maintenant dans la richesse et le luxe. Ils célébrèrent ainsi les Rameaux et Pâques suivantes avec des coeurs pleins de joie pour les faveurs dont Notre Seigneur et Sauveur les combla. Et ils peuvent Le louer, puisque toute leur armée, ne s'élevait pas à plus de vingt mille hommes, et avec Son aide ils conquirent quatre cents mille et plus ; et cela à la plus grande, la plus puissante, et la plus solidement fortifiée ville du. monde.»(6)
Et tout cela «avec l'aide de Notre Seigneur et Sauveur». A quoi bon sans cela devenir chrétien si le Christ ne vous aide pas à tuer pour pouvoir vivre «dans la richesse et le luxe». Des «Grands Élans Idéalistes» comme dirait Louis Bréhier.

Le Conquistador Bernal Diaz del Castillo, qui écrivit la Chronique de la prise de la Gran Tenotchtitlán, le fit avec plus de pudeur alors que les Aztèques n'étaient pas ses «frères en Jésus Christ». C'est pour cela que le chroniqueur byzantin Doucas (à l'occasion du siège de Constantinople en 1453 par le Sultan Mehmet Fatih) écrit :
«Si en ce moment un Ange était vraiment descendu du Ciel pour annoncer : 'acceptez le réunification des Églises et je chasserai l'ennemi de la ville', ils n'auraient quand même pas accepté ; ils auraient préféré être livrés aux Turcs plutôt qu'à l'Église de Rome.»(7)

Ils ne pouvaient pas accepter de se soumettre à l'intolérance de Rome envers les «hérétiques» ou «schismatiques», sachant très bien qu'en Islam on gardait ses traditions et sa liberté de louer Dieu comme on l'entendait. Au sujet de la tolérance religieuse de l'Islam envers tous ses sujets, l'historien espagnol Americo CASTRO rappelle ce que fut l'occupation musulmane de l'Espagne durant huit siècles :
«Coexistence de chrétiens, maures et juifs ; modèle prestigieux de tolérance islamique.»(8)

Aujourd'hui un théologien anglais confirme le chroniqueur byzantin Doucas, cité ci-haut, en écrivant au sujet de la prise de Constantinople en 1455 par les Turcs :
«Ce n'était pas un changement facile, mais les Turcs le rendirent moins dur eux-mêmes, car ils traitèrent leurs sujets chrétiens avec une remarquable générosité. Les mahométans du 15e siècle étaient de loin plus tolérants envers les chrétiens, que les chrétiens occidentaux l'étaient entre eux.»(9)

On est en droit de se demander où certains historiens ont été cherché leurs informations sur les Églises chrétiennes persécutées par les Turcs, pour justifier les Croisades dites «libératrices».

En préférant «plutôt le Turc que le pape» (10) les Grecs de Byzance, pour une fois dans leur Histoire, ont su faire l'unanimité dans leurs rangs, et ils la firent avec clairvoyance. Les Turcs se comportèrent toujours sur le terrain religieux comme culturel le plus libéralement du monde envers toute sorte de chrétiens ou Juifs. Ce ne fut jamais le cas des Génois, Catalans, Vénitiens ou Francs. Les Turcs étaient particulièrement admirateurs de la culture hellénistique. Le mot turc effendi (11) est un titre de noblesse que l'on donnait à un lettré seulement, à quelque classe sociale qu'il appartienne. Ce mot est dérivé du grec «Aphthendis», seigneur...

Il n'est donc pas étonnant que les chrétiens d'Orient préférèrent vivre plutôt sous la domination turque que sous celle des «Frangui», comme Alexandre Nevski, le père de la patrie russe, avait préféré se soumettre au tribut des Tatars Mahométans plutôt que de se laisser envahir par les Chevaliers de l'Ordre Teutonique Allemand. Un détail additionnel au sujet de ces chevaliers autant affamés d'ESPACE VITAL (notion qui réapparut sous Hitler) que les croisés : ils y allaient avec la bénédiction d'Innocent IV. Car, quoique depuis Innocent III jusqu'à Innocent IV trois papes avaient occupé le Saint Siège, l'écrasement par les armes du christianisme «schismatique» russe restait le complément de la mise à sac précédée de carnage à Constantinople en 1204.

Mais il n'y a pas eu que les Grecs pour préférer les Turcs aux Occidentaux. Il n'y a pas eu qu'Alexandre Nevski pour préférer devenir tributaire des Tatares musulmans, plutôt que de laisser envahir son pays par les Chevaliers allemands envoyés par Innocent IV. Les Chrétiens coptes d'Ethiopie eurent aussi leur choix à faire entre les missionnaires portugais et leurs bonnes relations avec les Arabes. Ils n'hésitèrent pas, heureusement pour eux, à expulser plutôt cette avant garde catéchiste au service du roi marchand d'épices Manuel 1er du Portugal, appelé Le Fortuné pour avoir fait fortune avec les épices que lui amena la soldatesque de Vasco da Gama. L'idole de ces missionnaires et de TOUT l'Occident, Vasco da Gama, fut ce monstre qui, en 1502, fit un ORADOUR-SUR-GLANE flottant (Hitler n'a rien inventé) des occupants d'un navire plein de pèlerins musulmans de retour de La Mecque pour montrer aux «Infidèles» la miséricorde «chrétienne».(12)

Tant les Chrétiens de Russie que ceux de l'Orient, après l'expérience des Croisades, préférèrent toujours avoir affaire aux Musulmans qu'aux «Chrétiens de l'Occident». Runciman en cite des très nombreux exemples :
«Le Patriarche de Jérusalem écrivait à son collègue de Constantinople : 'Ils (les Musulmans) sont justes, n'usent pas d'injustice et ne nous font pas violence.'.» (13)
«En Juin 1104 les habitants Arméniens d'Artah livrèrent leur ville aux Musulmans, enchantés d'échapper à la Tyrannie d'Antioche (Principauté franque de Bohémond).»(14)

Retombés de nouveau sous la Tyrannie des Occidentaux,
«Ils (les Chrétiens d'Antioche) se remémoraient avec nostalgie des temps où sous le juste gouvernement des Musulmans, ils pouvaient exercer leur Culte comme ils l'entendaient.»(15)

Et résultat du «christianisme» des Occidentaux, à la cinquième Croisade, deux cents ans après la première,
«Les nouvelles de Palestine n'étaient pas encourageantes. Jacques de Vitry, qui y avait été envoyé comme évêque d'Acre, fit une relation amère de ce qu'il y avait trouvé en arrivant. Les Chrétiens d'Orient haïssaient les Latins et auraient préféré la domination musulmane.»(16)

BASILE Y.
www.basile-y.com
© 2000 Droits réservés

1/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome III, page 123.
2/. Il était rare qu'ils ne se battent entre eux pour le partage du butin.
3/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome III, page 130.
4/. «Je me convertirai au christianisme - avait dit leur ancêtre Clovis - si le Dieu des chrétiens m'aide à vaincre mes ennemis»...
5/. Joinville & Villehardouin, CHRONICLES OF THE CRUSADES, Penguin Classics, London 1970, pages 92-93.
6/. Confirmation par témoin oculaire de la relation que fait Runciman sur la conduite des Croisés à Constantinople.
7/. Cité par R.F.Peters, GESCHICHTE DER TÜRKEN, Kohlhamer 1961, page 33.
8/. Americo Castro, LA REALIDAD HISTORICA DE ESPAÑA, Mexico 1966, page 198.
9/. Timote Ware THE ORTHODOXE CHURCH, Penguin Books 1969, page 96.
10/. «Plutôt le Turc que le Pape», c'était aussi le cri des Uilenspiegel aux Pays-Bas.
11/. Hérité de l'Arabe.
12/. Edgar Prestage, THE PORTUGUESE PIONEERS, page 159, dans la traduction allemande chez Goldmann Verlag, titre : DIE PORTUGESISCHEN ENTDECKER.
13/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome I, p.27.
14/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome II, p. 45.
15/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome II, page 465.
16/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome III, page 146.


Textes de :
BASILE Y.
www.basile-y.com
© 2000 Droits réservés
Mohamed ZEMIRLINE

*